La loi RIPOST change discrètement la vie des copropriétés. Depuis le 19 août 2026, scooters, deux-roues et quads sont interdits dans les parties communes, caves et sous-sols de tous les immeubles en copropriété. Une mesure pensée pour lutter contre les rodéos urbains — mais qui confie en pratique une nouvelle mission de surveillance aux syndics. Et, comme toujours, sans rémunération supplémentaire. Cette situation illustre un phénomène plus profond : depuis des années, les gestionnaires de copropriété accumulent des obligations de service public, sans que leur cadre tarifaire n’évolue.
Sommaire :
- Pourquoi la loi RIPOST vise-t-elle les copropriétés ?
- Que dit exactement l’article L. 733-1 du Code de la construction ?
- Quelles sont les obligations concrètes du syndic ?
- Une mission non rémunérée : quel cadre juridique s’applique ?
- Les syndics, nouveaux agents de l’État : jusqu’où va la responsabilité ?
À retenir — Loi RIPOST et copropriété
- Depuis le 19 août 2026, la loi RIPOST interdit les engins motorisés dans les parties communes des copropriétés.
- L’article L. 733-1 du CCH vise aussi les caves, sous-sols et locaux de dégagement communs.
- Le syndic doit faire respecter cette interdiction sans rémunération supplémentaire.
- Sa responsabilité peut être engagée en cas d’inaction face à un remisage illicite.
- Le cadre tarifaire de la loi ALUR de 2014 reste inchangé malgré l’empilement des missions.
Pourquoi la loi RIPOST vise-t-elle les copropriétés ?
Lutter contre les rodéos urbains : l’objectif initial
Tout part d’un constat simple : les rodéos motorisés sont possibles parce que les engins utilisés peuvent être stockés facilement. Or, dans de nombreux cas, scooters et deux-roues sont entreposés dans les parties communes ou les caves d’immeubles en copropriété. La logique du législateur est donc claire : priver les auteurs de rodéos de leur espace de remisage, c’est assécher le problème à la source.
C’est dans cet esprit que le Parlement a adopté la LOI n° 2026-798 du 18 août 2026, dite loi RIPOST, publiée au JORF n°0192 du 19 août 2026. Son intitulé complet est éloquent : elle vise à « offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens ». Le rapport sénatorial qui a préparé ce texte l’affirme sans détour :
« La prévention de la survenance des rodéos motorisés passe également par l’« assèchement » des espaces de stockage des engins motorisés susceptibles d’être utilisés à des fins de rodéo. Dans nombre d’instances, ces engins sont entreposés dans les parties communes ou les caves de copropriétés. »
— Rapport sénatorial, Rodéos motorisés et rave parties illégales : 28 propositions pour mieux les prévenir, les détecter et les réprimer.
Un contexte législatif saturé de nouvelles obligations
La loi RIPOST ne tombe pas du ciel. Elle s’inscrit dans une tendance lourde : depuis une dizaine d’années, la copropriété est devenue le terrain d’application privilégié des politiques publiques. Le Conseil national de l’habitat (CNH) l’a documenté dans son rapport « L’avenir du métier de syndic de copropriété et de son rôle dans la transition environnementale des immeubles collectifs », publié en juin 2025 sous la présidence d’Henry Buzy-Cazaux.
Le CNH dresse une liste déjà longue de missions imposées aux syndics : lutte contre les marchands de sommeil, dénonciation des violences conjugales, organisation de la transition écologique, accessibilité aux personnes à mobilité réduite, densification urbaine par la surélévation. Toutes relèvent de l’intérêt général. Pourtant, aucune n’a donné lieu à une revalorisation tarifaire.
Que dit exactement l’article L. 733-1 du Code de la construction ?
Le texte de loi, mot pour mot
La loi RIPOST comporte 69 articles répartis en quatre titres. Le titre Ier traite de la lutte contre les nuisances et la délinquance du quotidien. C’est l’article 7 de ce titre, intégré au Code de la construction et de l’habitation, qui concerne directement les copropriétés.
En effet, l’article 7 de la loi RIPOST crée un nouveau chapitre intitulé « Remisage d’engins motorisés ». Il y insère l’article L. 733-1, dont voici la teneur :
« Est interdit le remisage d’engins motorisés dans les locaux de dégagement communs, les parties communes, les caves et les sous-sols des immeubles relevant du statut de la copropriété, sauf lorsque ces espaces ont été spécialement aménagés à cet effet. »
— Article L. 733-1 du CCH, issu de la LOI n° 2026-798 du 18 août 2026
L’interdiction est volontairement large. Elle couvre non seulement les couloirs et halls communs, mais aussi les caves — même privatives — et les sous-sols. Le Sénat avait anticipé la question du droit de propriété : il a jugé que cette atteinte n’était pas disproportionnée au regard de l’objectif poursuivi, notamment la prévention des risques écologiques liés aux écoulements de carburant.
La seule exception : les espaces spécialement aménagés
Il existe toutefois une porte de sortie. Le remisage reste autorisé si les espaces ont été « spécialement aménagés à cet effet ». Concrètement, cela suppose que la copropriété dispose d’un local dédié, sécurisé, conforme aux normes en vigueur. Le règlement de copropriété peut prévoir ces aménagements. En l’absence d’un tel local, l’interdiction s’applique sans exception.

Quelles sont les obligations concrètes du syndic ?
Un rôle de contrôle et de police interne
Avec la loi RIPOST, le syndic devient un véritable agent de contrôle. Sa mission ne se limite pas à signaler une infraction à la police. Il doit agir en amont, de façon active et méthodique.
En pratique, le processus se déroule en plusieurs étapes :
- Informer — Le syndic notifie l’ensemble des copropriétaires et des locataires de l’entrée en vigueur de l’interdiction.
- Constater — Si un stockage illicite est identifié — scooter dans le couloir, quad en cave, deux-roues dans le sous-sol — il le consigne formellement.
- Mettre en demeure — Il adresse un courrier formel au contrevenant, puis une mise en demeure si la situation persiste.
- Engager des procédures — En cas de refus, il peut aller jusqu’à agir en justice, y compris contre ses propres mandants.
- Adapter le règlement — La question est portée en assemblée générale pour modifier le règlement de copropriété si nécessaire.
Au total, cette mission requiert tout à la fois pédagogie, fermeté et rigueur juridique.
Un tableau des actions attendues

Une mission non rémunérée : quel cadre juridique s’applique ?
La loi ALUR de 2014, un verrou qui bloque toute revalorisation
Pour comprendre pourquoi les syndics ne sont pas rémunérés pour cette nouvelle mission, il faut revenir à la loi ALUR du 24 mars 2014. Ce texte encadre la rémunération des syndics : il fixe la liste des prestations incluses dans le forfait de base, et celles qui peuvent faire l’objet d’honoraires spécifiques. Problème : depuis 2014, chaque nouvelle mission imposée par le législateur s’intègre automatiquement dans ce forfait. La liste des prestations annexes, elle, n’a jamais été mise à jour.
La loi RIPOST ne fait pas exception à cette règle. L’obligation de contrôler le remisage d’engins motorisés est absorbée par le contrat de base. Dès lors, le syndic ne perçoit aucun centime supplémentaire pour une mission qui peut s’avérer longue, tendue et juridiquement risquée. Le CNH l’avait pourtant alerté dès juin 2025 :
« Ces missions, ajoutées au fil des lois nouvelles, n’ont jamais conduit à une modification du cadre de rémunération fixé par la loi ALUR du 24 mars 2014, limitant les prestations annexes au contrat de base et pouvant donner lieu à des honoraires spécifiques. »
— Rapport CNH, juin 2025
Ce que le CNH préconise
Face à ce déséquilibre, le Conseil national de l’habitat appelle à une réforme du contrat de syndic. Il recommande d’actualiser la liste des missions ordinaires et de revoir les honoraires liés aux prestations facultatives. L’objectif : mieux refléter la réalité du travail accompli, et reconnaître enfin que les syndics rendent des services d’intérêt général.
Les syndics, nouveaux agents de l’État : jusqu’où va la responsabilité ?
Une responsabilité engagée en cas d’inaction
La loi RIPOST ne prévoit pas de sanction explicite pour le syndic qui ne ferait pas respecter l’interdiction. Pourtant, le risque juridique est bien réel. Si un engin motorisé stocké illicitement dans les parties communes provoque un accident, un incendie ou un écoulement de carburant, la responsabilité du syndic peut être engagée. Son obligation générale de surveillance de l’immeuble, inhérente au mandat de gestion, suffit à fonder cette mise en cause. En d’autres termes, l’inaction n’est pas une option.
Un modèle professionnel à réformer en profondeur
Au fond, la loi RIPOST révèle une tension structurelle dans le modèle de la gestion de copropriété. D’un côté, le législateur confie aux syndics des missions toujours plus larges, relevant clairement de l’intérêt général. De l’autre, le cadre tarifaire reste figé depuis 2014, sans que les charges de copropriété n’intègrent la réalité de ce travail supplémentaire.
Cette asymétrie fragilise la profession. Elle soulève surtout une question de fond : peut-on continuer à déléguer des missions régaliennes à des acteurs privés sans en assurer la juste contrepartie financière ? La loi RIPOST ne sera sans doute pas la dernière à élargir les obligations des syndics. Elle appelle, plus que jamais, à une réforme en profondeur du contrat de syndic et à une reconnaissance institutionnelle de leur rôle d’agent de service public.


