Près de huit Français sur dix estiment que les héritages sont trop taxés. Pourtant, 72 % d’entre eux n’ont entrepris aucune démarche pour préparer leur succession — au moment précis où la France s’apprête à vivre le plus grand transfert de patrimoine de son histoire, estimé à près de 9 000 milliards d’euros. C’est le paradoxe saisissant que révèle l’étude « Les Français et la succession », menée par l’institut Discurv pour Inovea en juin 2026 auprès de 1 000 personnes représentatives de la population française. Entre procrastination, difficulté à aborder la mort et méconnaissance des dispositifs juridiques et fiscaux, l’anticipation successorale reste largement négligée par les ménages. Une absence de préparation qui peut pourtant entraîner des coûts importants et raviver les tensions familiales.
Sommaire :
- Les Français jugent les droits de succession trop lourds — mais n’agissent pas
- Quels sont les freins qui bloquent l’anticipation ?
- Un déficit d’information massif sur les dispositifs légaux
- À quel moment faut-il préparer sa succession ?
- Anticiper sa transmission : un réflexe accessible à tous
À retenir — Préparer sa succession : ce que dit l’étude Inovea 2026
- 79 % des Français jugent les héritages trop ou beaucoup trop taxés.
- 72 % n’ont pris aucune mesure pour préparer leur succession.
- 45 % ignorent l’existence de dispositifs légaux pour réduire les droits de succession.
- 60 % ne se sentent pas suffisamment informés pour faire les bons choix.
- Préparer sa succession concerne tous les ménages, pas seulement les grandes fortunes.

Les Français jugent les droits de succession trop lourds — mais n’agissent pas
Un rejet massif de la fiscalité successorale
Les droits de succession sont l’un des impôts les plus rejetés de France. L’étude Inovea / Discurv de juin 2026 le confirme sans ambiguïté : 79 % des Français estiment que les héritages sont trop taxés, dont 44 % « trop taxés » et 35 % « beaucoup trop taxés ». Seuls 16 % jugent la taxation normale.

Ce rejet traverse toutes les classes sociales. Il repose pourtant sur une réalité fiscale souvent mal connue. Le Code général des impôts prévoit en effet des abattements importants : 100 000 € par enfant et par parent, renouvelables tous les quinze ans (article 779 du CGI). Entre époux et partenaires de PACS, la succession est même totalement exonérée depuis la loi TEPA de 2007. Autrement dit, beaucoup de familles paient des droits qu’elles auraient pu éviter — faute d’anticipation.
Le paradoxe de l’inaction
Malgré ce rejet massif, 72 % des Français n’ont entrepris aucune démarche pour préparer leur succession. Seuls 29 % ont mis en place au moins une action concrète — testament, donation, assurance-vie ou démembrement de propriété.
Ce paradoxe est d’autant plus frappant que le contexte est inédit. La France entre dans la plus grande vague de transmissions patrimoniales de son histoire : près de 9 000 milliards d’euros vont changer de mains dans les prochaines décennies. Or, sans anticipation, ce transfert peut se transformer en cauchemar administratif — droits de succession gonflés, blocages en indivision, conflits entre héritiers. Des situations coûteuses, et dans la plupart des cas parfaitement évitables.
Quels sont les freins qui bloquent l’anticipation ?
La procrastination, premier obstacle
Le premier frein est psychologique. 34 % des Français repoussent la question, persuadés qu’ils auront toujours le temps d’y revenir. Chez les moins de 35 ans, ce réflexe est encore plus fort : 52 % estiment qu’il est trop tôt pour s’en préoccuper.
C’est une erreur de calcul. Agir tardivement, c’est perdre des années d’optimisation. La donation entre vifs, par exemple, ouvre droit à un abattement de 100 000 € par enfant — renouvelable tous les quinze ans. Attendre 70 ans pour faire une première donation, c’est renoncer à un ou deux cycles complets d’exonération. En clair : des dizaines de milliers d’euros de droits payés inutilement.
La transmission perçue comme un sujet de riches
Autre idée reçue tenace : 25 % des Français estiment ne pas avoir assez de patrimoine pour s’intéresser à leur succession. À tort.
Préparer sa succession n’est pas réservé aux grandes fortunes. C’est utile dès qu’on a un compte en banque, une assurance-vie ou un bien immobilier. Concrètement, une démarche successorale permet de :
- Protéger son conjoint ou partenaire via un testament ou un contrat de mariage adapté
- Éviter l’indivision — cette situation où les héritiers se retrouvent copropriétaires d’un bien sans pouvoir en disposer librement
- Simplifier les démarches pour ses proches au moment du décès
- Désigner un bénéficiaire d’assurance-vie pour transmettre des capitaux hors succession, sans droits à payer
Au-delà de la procrastination et des idées reçues, d’autres freins ressortent de l’étude. Ainsi, 13 % évitent le sujet parce qu’il renvoie à la mort, 13 % trouvent les règles trop complexes, 11 % ne savent pas à qui s’adresser, et 8 % craignent de créer des tensions dans leur famille.
Un déficit d’information massif sur les dispositifs légaux
Six Français sur dix ne se sentent pas informés
Derrière la procrastination se cache un obstacle plus profond : le manque d’information. 61 % des Français avouent ne pas se sentir capables de prendre les bonnes décisions si une succession survenait demain. Et pour cause : 45 % ignorent même qu’il existe des moyens légaux de réduire les droits de succession.
Ces outils existent pourtant, et ils sont accessibles à tous. Les voici en pratique :
- La donation entre vifs : chaque parent peut donner jusqu’à 100 000 € par enfant, tous les 15 ans, sans aucun droit à payer. Les deux parents peuvent cumuler cet avantage.
- L’assurance-vie : c’est le premier outil de transmission en France. Les sommes versées avant 70 ans sont transmises hors succession, avec un abattement de 152 500 € par bénéficiaire (article 990 I du CGI).
- Le démembrement de propriété : le parent donne la nue-propriété d’un bien à ses enfants tout en conservant l’usufruit — c’est-à-dire le droit d’y vivre ou d’en percevoir les loyers. La valeur taxable est ainsi fortement réduite.
- Le Pacte Dutreil : pour les chefs d’entreprise, il permet de transmettre une société familiale avec un abattement de 75 % sur sa valeur.
Un lien direct entre information et action
Le chiffre est éloquent : parmi les Français qui se sentent totalement non informés, 89 % n’ont engagé aucune démarche — contre 72 % en moyenne nationale. Près de vingt points d’écart. En revanche, ceux qui connaissent les outils disponibles passent à l’acte bien plus souvent. La conclusion s’impose : informer, c’est déjà agir.
Tableau comparatif des principaux outils pour préparer sa succession

À quel moment faut-il préparer sa succession ?
La fenêtre idéale : entre 50 et 60 ans
À quel moment faut-il s’y mettre ? 28 % des Français citent la tranche 50-60 ans, suivis de 23 % pour la tranche 60-70 ans et 21 % pour avant 50 ans. Seuls 8 % pensent qu’il faut attendre après 70 ans.

Les professionnels du patrimoine sont unanimes : plus tôt, mieux c’est. Commencer à 50 ans offre des avantages concrets. D’abord, il est encore possible de réaliser deux cycles complets de donations en franchise de droits avant 80 ans. Ensuite, les versements sur une assurance-vie effectués avant 70 ans bénéficient d’un régime fiscal nettement plus favorable. Enfin, agir dans un contexte serein — sans urgence ni maladie — permet de prendre les meilleures décisions pour ses proches.
À noter : 21 % des répondants conditionnent encore leur démarche à la possession d’un « patrimoine important ». Une idée reçue, comme on l’a vu, que les chiffres de l’étude contredisent clairement.
Anticiper sa transmission : un réflexe accessible à tous
Seuls 19 % ont consulté un professionnel
L’écart entre les intentions et les actes est saisissant. 70 % des Français reconnaissent qu’une succession mal préparée peut coûter cher à leurs héritiers. Pourtant, seuls 19 % ont consulté un professionnel pour les accompagner. La moitié ne l’a jamais envisagé, et 8 % ignoraient simplement que c’était possible.

Plusieurs interlocuteurs peuvent aider à préparer sa succession. Le notaire rédige les actes — donation, testament authentique. Le conseiller en gestion de patrimoine (CGP) établit un bilan patrimonial et propose une stratégie sur mesure. L’avocat spécialisé intervient dans les situations conflictuelles ou les montages plus complexes. Ces professionnels ne s’adressent pas qu’aux fortunés : leur rôle est précisément d’adapter la démarche à chaque situation.
Un enjeu de société, pas seulement patrimonial
Emmanuel Hardy, Président d’Inovea, résume l’enjeu sans détour : « Nous sommes au pied d’un mur démographique. Pourtant, beaucoup de familles continuent de considérer la succession comme un sujet lointain ou réservé aux grandes fortunes. Anticiper sa transmission, ce n’est pas programmer sa disparition : c’est protéger les siens, leur épargner des complications inutiles et léguer dans les meilleures conditions. L’enjeu n’est plus seulement patrimonial, il est sociétal : chacun doit pouvoir comprendre les règles, être accompagné et prendre les bonnes décisions, au bon moment. »
Pour Inovea, la réponse est avant tout éducative. Comme la prévention santé, l’anticipation successorale devrait devenir un réflexe enseigné tôt — pas un privilège réservé aux initiés. Lever les tabous, simplifier les règles, orienter vers les bons professionnels : voilà ce qui permettrait d’éviter à des millions de familles des difficultés financières et familiales évitables. Hériter ou transmettre ne devrait pas être une épreuve. C’est d’abord une question d’anticipation.
L’étude Inovea le démontre : le principal obstacle à préparer sa succession n’est ni financier ni juridique — c’est un manque d’information et de pédagogie. Agir tôt, s’informer et s’entourer des bons professionnels reste la meilleure protection que l’on puisse offrir à ses proches.

