9 logements sur 10 inadaptés aux fortes chaleurs, y compris dans le neuf. C’est le verdict de l’étude Pouget Consultants–IGNES publiée le 16 juin 2026, qui analyse près de 9 millions de DPE issus de la base ADEME. Près d’un logement sur deux est une véritable « bouilloire thermique » — classé « insuffisant » selon l’indicateur confort d’été du DPE — quasi exclusivement faute de protections solaires extérieures. RT2012, RE2020, rénovation énergétique : aucune réglementation n’a inversé la tendance. Le confort d’été reste le grand oublié du bâtiment français.
Sommaire :
- Ce que mesure l’indicateur confort d’été dans le DPE
- 9 logements sur 10 inadaptés : les chiffres de la base ADEME
- Protections solaires : le facteur décisif
- Logements récents et performants : aussi concernés
- Climatisation et audits énergétiques : deux angles morts
- Un indicateur à fiabiliser
À retenir – Confort d’été DPE : l’inadaptation massive des logements français
- 9 logements sur 10 ne sont pas adaptés aux fortes chaleurs selon l’indicateur confort d’été du DPE.
- 1 logement sur 2 est une bouilloire thermique, faute de protections solaires extérieures.
- Les logements classés A ou B ne sont pas épargnés : 35 % sont « insuffisants » en confort d’été.
- 1 logement climatisé sur 2 ne respecte pas l’obligation réglementaire de protections solaires.
- 58 % des audits énergétiques ne préconisent pas l’installation de protections solaires.

Ce que mesure l’indicateur confort d’été dans le DPE
Le DPE ne se limite pas aux étiquettes énergie et climat. Il intègre aussi un indicateur de confort d’été passif, affiché sous forme de smiley : « insuffisant », « moyen » ou « bon ». Cet indicateur repose sur cinq critères définis par l’arrêté du 31 mars 2021 : la présence de protections solaires extérieures sur les baies Sud, Est et Ouest, l’isolation de la toiture (maisons et appartements au dernier étage), l’inertie lourde des parois, le caractère traversant du logement et l’équipement en brasseurs d’air fixes.

Comment se calcule le résultat ?
La logique est directe. Si un logement ne dispose pas de protections solaires extérieures — ou si sa toiture n’est pas isolée —, il est automatiquement classé « insuffisant ». S’il satisfait ces deux conditions, il peut prétendre à « bon » en réunissant au moins 2 des 3 critères secondaires. Sinon, il reste « moyen ».
À noter : la climatisation n’entre pas dans ce calcul. L’indicateur mesure uniquement la capacité passive du logement à résister à la chaleur.
9 logements sur 10 inadaptés : les chiffres de la base ADEME
L’étude porte sur 8 932 000 logements, soit 23 % du parc résidentiel français. Les résultats sont sans appel : 48,2 % des DPE sont classés « insuffisant », 40,7 % « moyen » et seulement 11 % « bon ». Concrètement, 9 logements sur 10 ne résistent pas correctement à la chaleur.
Les maisons sont davantage touchées que les appartements. Plus de la moitié d’entre elles (56,7 %) obtiennent la mention « insuffisant », contre 42,1 % pour les appartements. En cause notamment : une plus grande exposition des façades et un critère d’isolation de toiture qui s’applique à toutes les maisons, quel que soit leur étage.

Sur le plan territorial, l’indicateur ne varie pas selon la localisation : c’est donc le parc bâti local qui fait la différence. Paris affiche 67,7 % de logements « insuffisant », Lille 70,2 % — deux villes exposées à de forts îlots de chaleur urbain. À l’inverse, Nice (23,2 %), Villeurbanne (25 %) et Annecy (31,2 %) sont les communes de plus de 100 000 habitants les mieux classées.

Protections solaires : le facteur décisif
Pourquoi autant de logements mal classés ? La réponse est simple : l’absence de protections solaires extérieures — volets, stores, brise-soleil. Ce seul critère suffit à déclencher un classement « insuffisant ». Or, 43 % des logements analysés en sont insuffisamment dotés. Pour les maisons, ce taux grimpe à 50 %.

Les autres critères — inertie lourde, brasseurs d’air — jouent un rôle secondaire. Ils permettent de distinguer « moyen » de « bon », mais ne peuvent pas à eux seuls entraîner un classement « insuffisant ». En pratique, installer des volets ou des stores extérieurs reste donc le levier le plus efficace pour améliorer concrètement le confort d’été d’un logement.
Logements récents et performants : aussi concernés
RT2012, RE2020 : les réglementations ne suffisent pas
On pourrait croire que les constructions récentes échappent au problème. Ce n’est pas le cas. Parmi les logements bâtis après 2013 sous RT2012 ou RE2020, 88 % restent classés « moyen » ou « insuffisant ». Le taux de « bon » stagne à 12 % — strictement identique à l’ensemble du parc. Même la RE2020, pourtant plus exigeante avec son seuil en degrés-heures, n’y change pas grand-chose : seulement 19 % des logements neufs atteignent le niveau « bon ».
Pourquoi ? L’isolation thermique a bien progressé, ce qui réduit le taux d’« insuffisant ». Pourtant, elle s’accompagne souvent d’une perte d’inertie et d’une conception moins traversante. Résultat : les constructions récentes gagnent en efficacité hivernale, mais perdent en capacité de rafraîchissement naturel l’été.

DPE A ou B : performants l’hiver, bouilloires l’été
C’est peut-être le paradoxe le plus frappant de l’étude. Parmi les 427 000 logements classés A ou B au DPE, 35 % obtiennent un indicateur confort d’été « insuffisant ». Et 90 % n’atteignent pas le niveau « bon ».
L’explication est simple : la rénovation énergétique se concentre sur l’hiver. Isolation des murs, remplacement du chauffage, étanchéité à l’air — tout est optimisé pour réduire la consommation de chauffage. Le confort estival, lui, est ignoré. Dès lors, un logement peut afficher un excellent DPE en hiver et devenir insupportable dès les premières chaleurs.
Climatisation et audits énergétiques : deux angles morts
Une installation sur deux sans les gestes réglementaires
Installer une climatisation sans poser de volets extérieurs, c’est mettre la charrue avant les bœufs. Pourtant, c’est ce que révèle l’étude : sur les 861 000 logements présentant un générateur de froid dans leur DPE, 47 % ne disposent pas de protections solaires extérieures suffisantes.
C’est pourtant une obligation légale. L’article 30 de l’arrêté du 3 mai 2007 impose des protections solaires mobiles sur les façades sud, ouest et est dès qu’un système de refroidissement équipe le logement. Or, près d’un logement concerné sur deux ne respecte pas cette obligation. Un écart important, qui interroge à la fois l’application de la règle et le contrôle réel des équipements installés.
Par ailleurs, l’étude relève une incohérence dans les données : seulement 10 % des DPE déclarent un équipement de froid, alors que l’ADEME estime à 14 % la part du parc équipé d’une PAC air/air. Et 800 000 unités sont vendues chaque année selon le ministère de la Transition écologique. Les DPE sous-estiment visiblement l’équipement réel en climatisation.
Le confort d’été, grand absent des audits
L’analyse de 532 000 audits énergétiques (base ADEME Audit, janvier 2026) confirme le même angle mort. Pour les logements déjà classés « insuffisant » en confort d’été, 58 % des audits ne préconisent pas l’installation de protections solaires. Les recommandations se concentrent sur l’isolation et le chauffage — et ignorent l’été.
Conséquence directe : après réalisation des travaux préconisés, seulement 21 % des logements audités atteindraient le niveau « bon » — contre 9 % avant travaux. Pour les appartements, l’amélioration est quasi nulle. Seuls 6 % de ceux classés « insuffisant » en sortiraient.
Un indicateur à fiabiliser
L’étude met enfin en lumière des lacunes sérieuses dans la qualité des données. L’indicateur confort d’été n’est pas renseigné dans 38 % des DPE — et dans 91 % des logements récents. Difficile, dans ces conditions, de disposer d’une vision complète du parc.
Sur les indicateurs existants, 19 % comportent des erreurs de calcul. C’est mieux qu’en 2024 (26 %), mais encore loin d’être satisfaisant. Près de 612 000 logements affichent un niveau « bon » sur leur DPE alors qu’un recalcul les placerait en « insuffisant ».
Au-delà des erreurs, c’est la méthode elle-même qui pose question. L’indicateur ne tient pas compte de la localisation géographique du logement. Résultat : un appartement situé dans le nord de la France, peu exposé aux canicules, peut être classé « insuffisant », tandis qu’un logement situé dans le sud, soumis à un risque élevé de surchauffe, ne reçoit pas de pénalité supplémentaire. La méthode ignore également la qualité réelle des équipements : un volet roulant motorisé et un simple rideau intérieur pèsent de la même manière dans l’évaluation. Ces limites montrent la nécessité de revoir en profondeur le mode de calcul.
Face à des étés de plus en plus chauds, adapter les logements aux fortes chaleurs n’est plus une option : c’est une urgence, et la solution la plus accessible reste un simple volet extérieur. Tant que le confort d’été ne sera pas intégré au cœur des politiques de rénovation et des réglementations thermiques, les Français continueront de subir la canicule dans des logements inadaptés.

