67 500 logements autorisés, 47 000 mis en chantier : la construction neuve en Île-de-France affiche des chiffres en hausse. Pourtant, la FFB Grand Paris Île-de-France tire la sonnette d’alarme. La fédération pointe des coûts des matériaux en hausse, un emploi qui stagne et une réglementation de plus en plus lourde. La reprise est réelle — elle reste fragile.
Sommaire :
- La construction neuve en Île-de-France repart : quels chiffres retenir ?
- Quelles menaces pèsent sur la reprise de la construction neuve ?
- L’entretien-rénovation et l’emploi : deux indicateurs sous pression
- Quelles solutions préconise la FFB pour consolider la construction neuve ?
À retenir — Construction neuve en Île-de-France : une reprise sous surveillance
- La construction neuve en Île-de-France affiche 67 500 logements autorisés en hausse de +31,4 %.
- Les PME et TPE du bâtiment restent fragilisées malgré le recul des défaillances.
- Les coûts des matériaux, la RE2020 et les tensions géopolitiques pèsent sur la reprise.
- L’emploi stagne à 356 599 salariés et l’intérim recule de -5,6 %.
- La FFB réclame une programmation pluriannuelle des aides pour sécuriser la filière.
La construction neuve en Île-de-France repart : quels chiffres retenir ?
Des autorisations et mises en chantier en nette progression
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. À fin février 2026, la construction neuve en Île-de-France affiche 67 500 logements autorisés, soit +31,4 %. Dans le même temps, 47 000 logements ont été mis en chantier, en hausse de +14,7 %. Ce double signal positif reflète une demande soutenue et l’effet concret de dispositifs publics comme la loi Jeanbrun ou le statut du bailleur privé.
Le secteur non résidentiel suit la même dynamique. Les locaux mis en chantier progressent de +8,1 %, pour atteindre 2,706 millions de m². Les autorisations bondissent de +18,1 %, à 4,409 millions de m². Autrement dit, la reprise ne se limite pas au logement : elle touche aussi les bureaux, commerces et équipements. C’est un signal encourageant pour l’ensemble de la filière.
Tableau — Indicateurs clés de la construction neuve en Île-de-France (données à fin février 2026)

Des défaillances en recul, mais des fragilités persistantes
Autre signal positif : les défaillances d’entreprises reculent. Au 1er trimestre 2026, on en recense 3 479, soit -1,3 %. C’est une amélioration. Toutefois, elle ne doit pas faire illusion.
Derrière ce chiffre global, les PME et TPE restent sous pression. Leurs trésoreries souffrent de la hausse des coûts et des retards de paiement. Concrètement, une petite entreprise qui encaisse des matériaux plus chers et attend ses règlements peut se retrouver rapidement en difficulté. La reprise de la construction neuve repose donc, en partie, sur un tissu entrepreneurial encore fragilisé.
Quelles menaces pèsent sur la reprise de la construction neuve ?
La hausse des coûts des matériaux, premier facteur de risque
C’est la menace la plus directe. Les prix des matériaux de construction continuent de progresser. Résultat : les chantiers coûtent plus cher à monter, et les logements neufs deviennent moins accessibles pour les acquéreurs.
Ce phénomène s’explique en partie par les tensions géopolitiques mondiales. Les conflits internationaux perturbent les chaînes d’approvisionnement — acier, bois, cuivre — et maintiennent les prix de l’énergie à des niveaux élevés. Face à ces surcoûts, les entreprises du bâtiment ont peu de marges de manœuvre. Soit elles les absorbent et fragilisent leur rentabilité, soit elles les répercutent sur les prix de vente. Dans les deux cas, la filière en souffre.
La RE2020 et l’alourdissement réglementaire
Depuis son extension au secteur tertiaire, la réglementation environnementale RE2020 alourdit les coûts de construction. Se mettre en conformité exige des investissements supplémentaires : meilleure isolation thermique, systèmes énergétiques performants, matériaux biosourcés. Chaque exigence a un prix.
Pour autant, la FFB ne remet pas en cause ces normes environnementales. Elle défend une autre logique : si la réglementation devient plus stricte, les aides publiques doivent suivre le même rythme. Sans accompagnement financier adapté, les entreprises — surtout les plus petites — ne peuvent pas absorber seules le coût de cette transition.

L’entretien-rénovation et l’emploi : deux indicateurs sous pression
L’entretien-rénovation recule malgré les aides
Pendant que la construction neuve repart, l’entretien-rénovation va dans le sens inverse. Ce segment recule de -1,8 % à fin 2025. Pourquoi ? Trois raisons principales : la hausse des coûts de chantier, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée et les interruptions dans le versement des aides publiques.
Ce dernier point est décisif. Quand MaPrimeRénov’ est suspendue ou retardée, les particuliers reportent leurs travaux. Les artisans perdent des commandes. Les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) amortissent partiellement ce choc, mais ne suffisent pas. La FFB table néanmoins sur un rebond au 2e trimestre 2026, avec le redémarrage de MaPrimeRénov’ et le déploiement du plan Relance Logement.
L’emploi stagne : un signal d’inquiétude
La reprise de la construction neuve ne se traduit pas encore dans les chiffres de l’emploi. Le secteur compte 356 599 salariés, en légère baisse de -0,7 %. Ce n’est pas une catastrophe, mais c’est un signal à surveiller.
Plus préoccupant : le recours à l’intérim chute de -5,6 % à fin février 2026. Or l’intérim fonctionne comme un indicateur avancé. Quand les entreprises embauchent moins de travailleurs temporaires, elles anticipent un ralentissement. Si cette tendance se confirme, l’emploi permanent pourrait se dégrader dans les mois à venir. C’est précisément ce scénario que la FFB cherche à éviter.
Quelles solutions préconise la FFB pour consolider la construction neuve ?
Stabiliser les aides et accélérer les procédures
La FFB Grand Paris Île-de-France ne se contente pas de dresser un bilan. Elle formule des recommandations précises :
- Accélérer les procédures administratives. Permis de construire, recours, délais d’instruction — ces lourdeurs freinent les projets et découragent les investisseurs.
- Stabiliser les aides publiques dans une programmation pluriannuelle. Aujourd’hui, MaPrimeRénov’ et les CEE sont soumis à des changements fréquents. Cette instabilité est un problème concret : un particulier qui ne sait pas si l’aide sera maintenue dans six mois reporte ses travaux. Un promoteur qui ne peut pas anticiper les règles du jeu ne lance pas de chantier. La visibilité est une condition de l’investissement.
Edouard Durier, vice-président en charge des affaires économiques à la FFB Grand Paris Île-de-France, résume ainsi la situation : « 2026 pourrait être l’année du rebond si les acteurs saisissent les opportunités locales tout en maîtrisant les risques externes. » La fédération reste mobilisée pour accompagner les professionnels et transformer les contraintes en leviers de croissance durable.
Former les salariés et créer un observatoire des coûts
La transition énergétique exige de nouvelles compétences. RE2020, matériaux biosourcés, systèmes thermiques performants : les chantiers d’aujourd’hui mobilisent des savoir-faire que beaucoup d’entreprises ne maîtrisent pas encore. La FFB préconise donc d’investir massivement dans la formation des salariés du secteur.
Par ailleurs, la fédération propose de créer un observatoire des coûts des matériaux et de l’énergie. L’idée est simple : disposer d’un outil de suivi en temps réel pour anticiper les hausses de prix et alerter les pouvoirs publics avant que la situation ne devienne critique. Une mesure de prévention, avant tout.
Étendre la loi Jeanbrun au neuf et faciliter l’accès aux marchés publics
La loi Jeanbrun, aussi appelée dispositif Relance Logement, assouplit aujourd’hui les conditions d’accès aux aides pour les logements anciens et les maisons individuelles hors neuf. Mais la FFB veut aller plus loin. Elle réclame son extension à la construction neuve dans l’individuel. L’objectif affiché : dépasser 81 000 logements construits chaque année en Île-de-France d’ici 2035. Sans cette extension, cet objectif reste hors d’atteinte.
Enfin, la fédération soulève un problème structurel souvent négligé : l’accès des TPE-PME aux marchés publics. Ces petites entreprises représentent l’essentiel du tissu du bâtiment francilien. Pourtant, elles restent trop souvent écartées des appels d’offres, faute de capacités administratives ou financières suffisantes pour y répondre. La FFB demande des règles du jeu plus équitables — et plus adaptées à la réalité du terrain.

