661 000 ascenseurs tournent en France. La moitié dépasse 25 ans d’âge. Un quart franchit les 40 ans. Pourtant, chaque année, des milliers de pièces d’ascenseurs encore utilisables partent à la benne lors des travaux de modernisation. C’est un gâchis économique et environnemental que les copropriétés ne peuvent plus ignorer. Dans un entretien accordé à Monimmeuble.com, Marc Hardy, directeur général de Track Office, présente une filière de réemploi qui transforme cette contrainte en opportunité concrète. Réglementation renforcée, traçabilité obligatoire, retour financier possible : les pièces d’ascenseurs deviennent un enjeu central pour les syndics et les copropriétaires.
Sommaire :
- Un parc vieillissant aux conséquences lourdes pour les copropriétés
- Quelles obligations réglementaires pèsent sur les copropriétés ?
- Comment fonctionne la filière de réemploi des pièces d’ascenseurs ?
- Quels bénéfices concrets pour les syndics et les copropriétaires ?
- Vers une nouvelle culture de la responsabilité environnementale en copropriété
À retenir — Pièces d’ascenseurs en copropriété : réemploi, traçabilité et économies
- La France compte 661 000 ascenseurs en service, dont la moitié a plus de 25 ans.
- Les copropriétés sont productrices de déchets techniques dès lors qu’elles engagent des travaux sur leurs ascenseurs.
- La loi AGEC et le dispositif PEMD imposent une traçabilité des déchets d’équipements pour les bâtiments de plus de 1 000 m².
- Le réemploi des pièces d’ascenseurs permet à une copropriété de récupérer entre 500 € et plusieurs centaines d’euros par opération.
- Tracklift propose un audit de valorisation intégrable directement dans le cahier des charges du bureau d’études ou de l’ascenseuriste.
Un parc d’ascenseurs vieillissant aux conséquences lourdes pour les copropriétés ?
Le parc d’ascenseurs français vieillit plus vite qu’il ne se renouvelle. Chaque année, 12 000 nouveaux appareils entrent dans le parc national. Or, seuls 6 000 font l’objet d’un remplacement complet ou d’une modernisation. Le déficit est donc structurel et alimente une obsolescence programmée.
Des pannes sans gagnant
Quand un ascenseur tombe en panne faute de pièces disponibles, personne ne s’en tire indemne. Marc Hardy le dit sans détour : « Quand il y a un ascenseur à l’arrêt, il y a pas de gagnant. » Le maître d’ouvrage se retrouve avec un équipement immobilisé. Les résidents montent à pied. Les personnes âgées ou à mobilité réduite restent prisonnières de leur logement.
L’ascensoriste, lui, ne peut rien faire sans la pièce manquante : « S’il n’a pas la pièce nécessaire, il ne peut tout simplement pas intervenir. On peut lui imposer toutes les contraintes et toute la pression possibles, cela ne changera rien. »
Une disponibilité des pièces limitée à 25 ans
La législation encadre la durée de conservation des pièces détachées : 25 ans maximum. Passé ce délai, l’ascensoriste n’a plus l’obligation de les fournir. Les copropriétés basculent alors dans une situation de dépendance totale.
Marc Hardy résume le sentiment de nombreuses copropriétés face à certaines situations de maintenance : « Les gens ont l’impression d’être pris en otage au moment de négocier le devis. On est bloqué, il faut réparer. » Il rappelle également une réalité souvent méconnue : « Beaucoup pensaient qu’un contrat complet garantissait les pièces à vie. En réalité, les fabricants ont une obligation limitée dans le temps : au-delà de 25 ans, ils ne sont plus tenus de conserver les pièces détachées. »
Dès lors, la pièce manquante devient un levier de pression commerciale. Le réemploi de pièces d’ascenseurs récupérées sur d’autres installations répond directement à cette tension du marché.
Les pièces concernées
Le secteur de l’ascenseur accuse un retard structurel face à l’automobile. Pourtant, les équipements remplacés lors d’une modernisation restent souvent en bon état. Opérateurs de portes, variateurs de fréquence, cartes électroniques, afficheurs, boîtes à boutons, rideaux infrarouges : la plupart fonctionnent encore. Néanmoins, les ascensoristes les détruisent faute de filière organisée pour les récupérer.
Quelles obligations réglementaires pèsent sur les copropriétés ?
Les copropriétés ne peuvent plus confier leurs travaux d’ascenseur à un prestataire sans s’interroger sur le devenir des équipements déposés. Plusieurs textes législatifs encadrent désormais cette responsabilité. Ignorer ces obligations expose le syndic à des risques juridiques et financiers réels.
La loi AGEC et la REP PMCB
La loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire (AGEC) du 10 février 2020 impose de nouvelles obligations sur la gestion des déchets issus de travaux. Elle instaure le principe de Responsabilité Élargie du Producteur (REP) appliqué aux produits et matériaux de construction du bâtiment (PMCB). En vertu de ce dispositif, toute personne qui fait réaliser des travaux devient producteur de déchets. Elle assume donc la responsabilité de leur traçabilité et de leur valorisation. Autrement dit, le syndic ne peut pas simplement déléguer et oublier.
Le PEMD : un diagnostic obligatoire
Le décret n° 2021-821 du 25 juin 2021 impose un diagnostic PEMD — Produits, Équipements, Matériaux et Déchets — pour tout bâtiment de plus de 1 000 m² faisant l’objet de travaux de démolition ou de réhabilitation significatifs. Ce diagnostic ressemble au diagnostic amiante : il identifie en amont les éléments réemployables, recyclables ou à éliminer. Or, dès qu’un immeuble possède un ascenseur, il dépasse généralement ce seuil de 1 000 m².
Les ascenseurs entrent donc pleinement dans le périmètre du PEMD. Toutefois, les bureaux d’études RSE qui réalisent ces diagnostics ne maîtrisent pas toujours la technicité propre aux équipements d’ascenseur. C’est précisément là que Tracklift intervient pour compléter leur expertise.
Marc Hardy rappelle sans détour la responsabilité des copropriétés en matière de traitement des équipements usagés : « On ne peut pas jeter ces déchets n’importe comment. Certains composants sont classés comme déchets dangereux, d’autres contiennent des polluants ou des plastiques qui nécessitent un traitement spécifique. » Puis il insiste sur la responsabilité juridique des propriétaires d’équipements : « Ce matériel appartient à la copropriété. À ce titre, c’est elle qui porte la responsabilité en matière de pollution. »
Une manière de résumer le poids croissant des obligations réglementaires qui pèsent aujourd’hui sur les syndics et les copropriétés.
La commande publique : une échéance à venir
Le 22 août 2026 marque une nouvelle étape. La commande publique devra intégrer des exigences de traçabilité et de réemploi dans ses cahiers des charges. Cette disposition cible d’abord les bailleurs sociaux et les maîtres d’ouvrage publics. Elle renforce toutefois l’urgence pour les copropriétés privées d’anticiper ces pratiques dès maintenant.

Comment fonctionne la filière de réemploi des pièces d’ascenseurs ?
Tracklift, filière de réemploi fondée par Track Office, accompagne les syndics et copropriétés qui engagent des travaux sur leurs ascenseurs. Le modèle s’articule autour de trois étapes : l’audit, la récupération et la valorisation.

L’audit de valorisation : identifier les pièces récupérables
Avant tout démontage, Tracklift réalise un audit de valorisation. Ce document recense, ascenseur par ascenseur, les pièces réemployables, les éléments à recycler et les déchets à éliminer. Il précise les poids estimés pour chaque catégorie. Il intègre aussi des photos des pièces à conserver. Le syndic peut ensuite insérer cet audit directement dans le cahier des charges remis à l’ascensoriste ou au bureau d’études. Ainsi, les pièces identifiées se retrouvent démontées et mises de côté, et non détruites.
La récupération et le reconditionnement
Tracklift récupère les pièces, les reconditionne et les intègre à un catalogue en ligne. Les ascensoristes et les maîtres d’ouvrage peuvent y rechercher une pièce par marque, référence ou type d’équipement. Chaque fiche produit contient des photos et des informations techniques détaillées. Cette disponibilité de pièces reconditionnées évite l’immobilisation prolongée d’ascenseurs faute de composants introuvables.
La valorisation financière via Derichbourg
Tracklift oriente les déchets non réemployables vers des exutoires adaptés, en partenariat avec Derichbourg, opérateur spécialisé dans la valorisation des déchets industriels.
Marc Hardy détaille le fonctionnement du dispositif : « Lorsqu’un équipement contient, par exemple, 600 kg de métal pour 100 kg de déchets non valorisables, on calcule la balance entre les deux. La valeur récupérée peut ensuite être reversée au maître d’ouvrage. L’objectif, c’est de permettre une véritable valorisation des déchets issus des équipements. »
Concrètement, Derichebourg procède à la pesée des matériaux métalliques récupérés puis remet un certificat de valorisation. Le montant restitué à la copropriété dépend ensuite de la nature des matériaux collectés et du volume des équipements traités.
Marc Hardy nuance toutefois l’intérêt économique du dispositif : « Les montants restent modestes. Le prix de l’acier fluctue, mais selon les matériaux récupérés, la valorisation peut atteindre environ 500 euros par ascenseur. »
L’enjeu ne se limite donc pas à la dimension financière. C’est surtout l’association entre valorisation des déchets et respect des obligations réglementaires qui rend aujourd’hui cette démarche difficilement contournable pour les copropriétés.
Un espace de suivi dédié aux maîtres d’ouvrage
Tracklift met à disposition un espace numérique de suivi. Chaque maître d’ouvrage peut y consulter ses chantiers, visualiser les tonnages générés par famille de déchets, télécharger ses audits en PDF et suivre ses statistiques. Pour les copropriétés, cet outil facilite la mise en conformité documentaire. Le syndic dispose ainsi d’une traçabilité complète, exploitable en assemblée générale.
Quels bénéfices concrets pour les syndics et les copropriétaires ?
Le réemploi des pièces d’ascenseurs produit des avantages sur trois plans : financier, réglementaire et environnemental.
Un retour financier direct
La copropriété perçoit une somme issue de la valorisation de ses déchets métalliques. Ce retour financier reste modeste, mais il transforme un poste de dépense pure en source de revenu partiel. Il s’inscrit, par ailleurs, dans un contexte où les charges de copropriété augmentent fortement, notamment sur les postes de maintenance et de travaux.
Une mise en conformité facilitée
En confiant la gestion de ses déchets d’ascenseur à Tracklift, le syndic obtient une traçabilité documentée. Il peut justifier à tout moment du devenir des équipements déposés. Cette traçabilité répond aux exigences de la loi AGEC, du PEMD et de la REP PMCB. Elle constitue, en outre, un argument solide lors de l’assemblée générale : le syndic démontre qu’il gère les travaux de façon responsable.
Une démarche éco-responsable valorisable
Les copropriétaires portent un regard de plus en plus attentif sur les engagements environnementaux de leur immeuble. Intégrer une démarche d’économie circulaire dans la gestion des travaux d’ascenseur permet au syndic de valoriser son action au-delà de la seule performance financière. Réduire les déchets industriels, prolonger la durée de vie des équipements, diminuer l’empreinte carbone liée à la fabrication de pièces neuves : autant d’arguments concrets pour une communication responsable et différenciante.
Vers une nouvelle culture de la responsabilité environnementale en copropriété ?
Le syndic, acteur de la transition écologique
Le rôle du syndic évolue. Il ne se limite plus à la gestion financière et technique. Il devient aussi un acteur de la transition écologique de son parc. Intégrer des clauses de réemploi et de traçabilité dans les cahiers des charges des travaux d’ascenseur représente une démarche accessible et peu coûteuse.
Marc Hardy le confirme : « Il suffit de demander au démonteur de retirer ces pièces et de les mettre de côté. Cela n’engendre pas de coût supplémentaire puisqu’il s’agit d’une exigence déjà prévue dans le cahier des charges. »
L’écosolidarité entre copropriétés
Les pièces d’ascenseurs récupérées lors d’une modernisation peuvent profiter à d’autres immeubles. Des copropriétés moins bien dotées financièrement maintiennent ainsi leur ascenseur sans attendre une pièce introuvable ni voter un budget de remplacement complet.
Marc Hardy qualifie cette démarche « d’écosolidarité ». Selon lui, le réemploi peut aussi devenir un levier d’entraide entre copropriétés : « Certaines résidences n’ont pas les moyens d’engager rapidement des travaux et doivent faire durer leurs ascenseurs dans des conditions parfois difficiles. En favorisant le réemploi des pièces issues de votre propre équipement, vous récupérez une certaine valeur, mais vous contribuez aussi à aider des copropriétés qui ne disposent pas des mêmes ressources financières. »
Cette logique dépasse la simple économie circulaire. Elle ouvre vers une mutualisation concrète des ressources entre immeubles.
Un mouvement structurel en cours
Track Office accompagne déjà des bureaux d’études sur les diagnostics PEMD, des bailleurs sociaux sur la traçabilité de leurs parcs, et des maîtres d’ouvrage privés sur leurs opérations de modernisation. La filière Tracklift se structure à l’échelle nationale, avec un maillage territorial appuyé sur les sites Derichbourg — 12 points de collecte en Île-de-France.
Marc Hardy souhaite désormais élargir la diffusion de cette pratique en s’appuyant sur les fédérations professionnelles : « L’idée, c’est de travailler à plus grande échelle avec des acteurs comme la FNAIM ou l’UNIS, afin de montrer qu’il existe une solution de traçabilité adaptée aux copropriétés et aux syndics. »
Il insiste également sur l’intérêt économique du dispositif : « La valorisation des matériaux est possible sans coût supplémentaire. Il suffit d’intégrer cette exigence dans le cahier des charges : l’entreprise en charge des travaux doit assurer l’évacuation des déchets, puis la copropriété récupère le montant issu de leur revalorisation. »

