Alors que 62% des copropriétaires se déclarent satisfaits de leur syndic de copropriété, la profession subit une nouvelle vague de critiques médiatiques. Dans un communiqué publié le 9 janvier 2026, la Fédération Nationale de l’Immobilier (FNAIM) réagit au reportage d’Envoyé Spécial diffusé la veille sur France 2. Le syndicat professionnel dénonce un “syndic bashing” injuste qui jette l’opprobre sur des dizaines de milliers de professionnels engagés. Si les abus existent et doivent être sanctionnés, la FNAIM rappelle qu’ils ne représentent pas l’ensemble d’une profession essentielle au parc immobilier français. Pour restaurer la confiance, elle réclame la mise en place urgente de la commission de contrôle prévue par la loi ELAN, toujours inexistante à ce jour.
Sommaire :
- Pourquoi le reportage d’Envoyé Spécial fait-il polémique ?
- Les copropriétaires sont-ils vraiment mécontents de leur syndic de copropriété ?
- Quels défis attendent aujourd’hui les syndics de copropriété ?
- Pourquoi la commission de contrôle reste-t-elle une urgence ?
Pourquoi le reportage d’Envoyé Spécial fait-il polémique ?
Une présentation jugée caricaturale par la profession
Le 8 janvier 2026, France 2 diffuse dans Envoyé Spécial un reportage intitulé “Syndics de copropriété : gare aux abus”, présenté par Élise Lucet. L’émission, réalisée par Yonathan Van der Voort pour MagMax Productions, présente plusieurs cas de mauvaise gestion. À Nancy, Géraldine et Stéphanie voient leur immeuble se dégrader depuis plus de six ans à cause de fuites dans la toiture. Peinture qui s’écaille, champignons, salpêtre, parquet qui s’affaisse : le bâtiment risque d’être mis en péril par la Mairie. Elles attaquent leurs deux anciens syndics de copropriété pour inaction.
À Vittel, dans les Vosges, les habitants vivent depuis un an et demi dans un bâtiment aux murs à nu, sans rambarde aux balcons. Les travaux de rénovation énergétique se sont arrêtés faute de fonds suffisants.
En région parisienne, des centaines de copropriétaires accusent leur ancien syndic de détournement de fonds. Des plaintes pour abus de confiance ont été déposées. Selon le reportage, plusieurs millions d’euros auraient pu être détournés sur plusieurs années.
La réaction immédiate de la FNAIM
Dès le 9 janvier 2026, la FNAIM publie un communiqué de presse. Le syndicat professionnel, qui représente plus de 43 000 salariés dans la branche immobilière, refuse les amalgames.
« C’est faire insulte à ces femmes et ces hommes qui exercent un métier exigeant, complexe et largement méconnu, exposé en permanence à une critique systématique, alors même qu’ils assurent des missions de service indispensables à la vie collective des immeubles », note Loïc Cantin, président de la FNAIM.
La Fédération le rappelle avec constance : toute pratique frauduleuse, tout manquement grave ou toute dérive doit être sanctionné. Toutefois, ces abus ne représentent pas une profession entière. Le secteur du syndic de copropriété gère près de 10 millions de logements en France, soit environ un tiers des Français concernés.
Les copropriétaires sont-ils vraiment mécontents de leur syndic de copropriété ?
Des chiffres qui contredisent les clichés
Contrairement aux idées reçues, les études récentes montrent une réalité bien plus nuancée. Un sondage IPSOS réalisé en 2025, cité par la FNAIM, révèle que 62% des résidents se déclarent satisfaits de la gestion de leur copropriété. Parmi eux, 10% se disent très satisfaits. Les propriétaires affichent un taux de satisfaction encore plus élevé : 66% expriment leur contentement.
« On entend souvent “le syndic est cher” ou “le syndic ne fait rien”. Les chiffres montrent surtout que la copropriété est un univers complexe, mal connu, et que le déficit de pédagogie alimente les crispations. Cela ne justifie aucun abus, mais impose de sortir des caricatures », souligne Loïc Cantin.
Une méconnaissance qui alimente les tensions
L’étude IPSOS met en lumière un problème central : la méconnaissance du rôle réel du syndic de copropriété alimente une grande partie des tensions. En effet, 34% des répondants n’ont qu’une idée vague de ce rôle. Par ailleurs, 14% reconnaissent ne pas savoir clairement quelles sont ses missions. Cette confusion nourrit incompréhensions et soupçons au quotidien.
Autre enseignement significatif : le coût des honoraires est largement surestimé. 40% des copropriétaires ignorent le montant réel de ceux-ci. Beaucoup les évaluent bien au-delà de la réalité. Ce décalage entre perception et réalité contribue au climat de défiance.
Quels défis attendent aujourd’hui les syndics de copropriété ?
La transition énergétique au cœur des enjeux
Transition énergétique, hausse du coût de l’énergie, digitalisation, sécurité des immeubles, vieillissement du parc immobilier : jamais le métier de syndic de copropriété n’a été aussi exigeant ni aussi exposé. Ces professionnels doivent accompagner les copropriétés dans des décisions techniques, juridiques et financières de plus en plus lourdes.
Le reportage d’Envoyé Spécial évoque d’ailleurs les “néo-syndics” qui s’appuient sur les nouvelles technologies. Ces acteurs promettent plus de réactivité et de transparence à leurs clients. L’émission présente également des copropriétaires qui ont choisi de devenir syndic bénévole pour reprendre le contrôle total des comptes de leur copropriété.
Un rôle clé dans la rénovation des immeubles
Les syndics de copropriété sont aujourd’hui des acteurs centraux de la rénovation énergétique. Le sondage IPSOS montre d’ailleurs que les copropriétaires les identifient comme un interlocuteur clé pour initier ces transformations. Depuis plusieurs années, la FNAIM multiplie les actions pour faire monter la profession en compétences : formation renforcée via son École Supérieure de l’Immobilier (ESI), accompagnement des adhérents, outils de transparence et promotion des avis clients vérifiés.
La FNAIM, créée en 1946, est présente sur l’ensemble du territoire par son maillage de Chambres départementales et régionales. Elle veille au respect, par chacun de ses membres, de son Code d’Éthique et de Déontologie, garant de la protection des droits du consommateur.
Pourquoi la commission de contrôle reste-t-elle une urgence ?
Une promesse de la loi ELAN non tenue
La loi ELAN (Évolution du Logement, de l’Aménagement et du Numérique) prévoyait la création d’une commission de contrôle et de sanction au sein du Conseil National de la Transaction et de la Gestion Immobilières (CNTGI). Cette instance devait permettre de réguler la profession de syndic de copropriété. Pourtant, elle n’existe toujours pas à ce jour, malgré les engagements pris par les pouvoirs publics.
La FNAIM se bat depuis plusieurs années, sans relâche, pour sa mise en place effective.
« La profession a besoin d’un véritable outil de régulation. La commission de contrôle n’est pas une menace pour les syndics, c’est une protection pour les copropriétaires et pour l’immense majorité des professionnels qui exercent leur métier avec sérieux », déclare Loïc Cantin.
Un outil de régulation attendu par tous
Pour la FNAIM, la priorité est claire et inchangée : mettre en place sans délai la commission de contrôle du CNTGI prévue par la loi. Cette instance permettrait de sanctionner rapidement les dérives, d’écarter les acteurs défaillants, de restaurer la confiance et de protéger les copropriétaires comme les professionnels engagés.
La transparence et la régulation sont indispensables pour assainir le secteur du syndic de copropriété. En revanche, le dénigrement généralisé est irresponsable et contre-productif selon la Fédération. La FNAIM fait partie du CNTGI et entend continuer à défendre une vision positive, équilibrée et sociale de l’immobilier.

