La France accélère sa décarbonation. Le gouvernement vient de publier la troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3), feuille de route climatique de la France jusqu’en 2050, révisée en juillet 2026. Deux secteurs concentrent des enjeux décisifs pour les ménages et les professionnels de l’immobilier : les bâtiments et l’énergie. Le bâtiment représente 15 % des émissions brutes françaises ; l’énergie, 10 %. Ensemble, ils conditionnent la trajectoire vers la neutralité carbone. Sortie des chaudières fioul, installation massive de pompes à chaleur, rénovations d’ampleur, mix électrique 100 % décarboné : la stratégie nationale bas-carbone fixe des objectifs chiffrés ambitieux et un calendrier précis. Ce que cela change concrètement pour les copropriétés, les propriétaires et les gestionnaires de biens, c’est ce que nous allons décrypter.
Sommaire :
- Bâtiments : quels sont les objectifs de réduction d’émissions fixés par la SNBC 3 ?
- Quels sont les objectifs concrets pour les logements résidentiels ?
- Quels objectifs pour le secteur tertiaire et la construction neuve ?
- Énergie : comment la SNBC 3 organise-t-elle la sortie des fossiles ?
- Quelle est la feuille de route de sortie des énergies fossiles ?
- Quels sont les objectifs pour la production d’électricité décarbonée ?
- Quels bénéfices concrets pour les ménages et l’immobilier ?
À retenir — Stratégie nationale bas-carbone : bâtiments et énergie
- Le secteur du bâtiment doit réduire ses émissions de 97 % d’ici 2050 par rapport à 1990.
- La SNBC 3 prévoit 700 000 rénovations performantes par an entre 2025 et 2030.
- 9 millions de pompes à chaleur devront être installées dans les logements d’ici 2030.
- Les passoires énergétiques (DPE F et G) doivent être éradiquées à l’horizon 2035-2040.
- Le mix électrique français devra être décarboné à 100 % d’ici 2050, avec environ 800 TWh de production.
Bâtiments : quels sont les objectifs de réduction d’émissions fixés par la SNBC 3 ?
Un secteur qui doit réduire ses émissions de 97 % d’ici 2050
Le constat est sans appel : en 2024, les bâtiments ont émis 56 Mt CO₂e, soit 15 % des émissions brutes françaises. C’est le troisième poste d’émissions du pays, juste derrière les transports et l’agriculture.
Concrètement, où agir en priorité ? Le chauffage résidentiel est le premier levier. Rénover les logements et remplacer les chaudières fossiles représentent à eux seuls 22 Mt CO₂e de réduction potentielle. Le secteur tertiaire — bureaux, commerces, hôpitaux — contribue pour 12 Mt supplémentaires. Des mesures complémentaires viennent s’y ajouter : injection de biogaz dans les réseaux, encadrement des fluides frigorigènes (F-Gaz), sobriété.
Au total, réduire les gaz à effet de serre (GES) issus du chauffage constitue le premier chantier climatique de la décennie pour l’immobilier.

Ces objectifs ne partent pas de zéro. La stratégie nationale bas-carbone s’appuie sur un cadre législatif déjà en place : la loi Énergie-Climat du 8 novembre 2019 et le décret tertiaire (décret n° 2019-771), qui oblige les bâtiments à usage tertiaire à réduire leur consommation d’énergie par paliers jusqu’en 2050.
Quels sont les objectifs concrets pour les logements résidentiels ?
Sortir massivement des chaudières fioul
La chaudière fioul, c’est fini. La SNBC 3 impose une réduction d’au moins 60 % du parc entre 2023 et 2030, avant une sortie totale programmée après cette date. Ce n’est pas une surprise : depuis 2022, la loi Climat et Résilience interdit déjà l’installation de nouvelles chaudières fioul dans les logements existants.
En remplacement, trois solutions bas-carbone s’imposent :
- la pompe à chaleur,
- la chaudière biomasse,
- ou le raccordement à un réseau de chaleur urbain.
Réduire le parc de chaudières à gaz
Le gaz suit la même logique, mais à un rythme plus progressif. L’objectif est de réduire d’au moins 20 % le parc de chaudières à gaz entre 2023 et 2030. Ensuite, la majorité devra être remplacée par des équipements décarbonés avant 2050 — date à laquelle la feuille de route prévoit la fin du gaz fossile.
Installer massivement des pompes à chaleur
La pompe à chaleur (PAC) est l’équipement phare de la transition thermique. La SNBC 3 prévoit d’en installer 9 millions dans les logements d’ici 2030, puis 1 million supplémentaire chaque année au-delà. Pour atteindre ce rythme, le gouvernement a présenté en avril 2026 un plan d’électrification des usages comprenant 22 mesures concrètes. Il prévoit des aides spécifiques pour les ménages modestes, afin que la transition ne soit pas réservée aux foyers les plus aisés.
Accélérer les rénovations performantes
700 000 rénovations performantes par an entre 2025 et 2030 : c’est l’objectif central de la SNBC 3 pour le logement. Parmi elles, 250 000 doivent être des rénovations d’ampleur — aussi appelées rénovations globales — qui traitent simultanément l’isolation, le chauffage et la ventilation. Ces chantiers complexes ciblent en priorité les passoires énergétiques, ces logements classés F ou G qui consomment le plus.
L’enjeu est double. D’abord atteindre un parc majoritairement classé DPE A, B ou C. Ensuite, éradiquer les passoires énergétiques d’ici 2035-2040 — un calendrier rendu contraignant par la loi Climat et Résilience, qui interdit progressivement leur mise en location. Pour préparer ces travaux, un audit énergétique est désormais obligatoire depuis 2023 avant toute vente d’un logement classé F ou G. Côté financement, le dispositif MaPrimeRénov’ reste le principal outil d’accompagnement des ménages dans cette démarche.
Quels objectifs pour le secteur tertiaire et la construction neuve ?
Appliquer la RE 2020 et décarboner les matériaux
Pour les bâtiments neufs, la SNBC 3 s’appuie sur la Réglementation environnementale 2020 (RE 2020), en vigueur depuis janvier 2022. Celle-ci impose deux choses : décarboner les matériaux de construction et favoriser les matériaux biosourcés — bois, chanvre, paille. L’intérêt est double : réduire les émissions du chantier et stocker du carbone sur le long terme dans la structure du bâtiment.
Pour le parc existant, la logique est différente. Ici, l’isolation thermique par l’extérieur (ITE) s’impose souvent comme la solution la plus efficace. Elle est particulièrement adaptée aux copropriétés construites entre les années 1960 et 1980, dont les façades non isolées restent une source majeure de déperditions thermiques.
Réduire les consommations dans le tertiaire
Les bureaux, commerces et bâtiments publics sont également dans le viseur. Les objectifs sont contraignants : réduire de 85 % les surfaces chauffées au fioul d’ici 2030, et de 17 % celles chauffées au gaz sur la même période. À plus long terme, 85 % des surfaces tertiaires chauffées au gaz devront basculer vers des solutions décarbonées avant 2050.
Ces objectifs s’inscrivent dans le dispositif Éco Énergie Tertiaire, qui fixe des paliers de réduction de consommation énergétique par rapport à une année de référence : −40 % en 2030, −50 % en 2040, −60 % en 2050.
Déployer les réseaux de chaleur urbain
Les réseaux de chaleur urbain représentent une alternative souvent méconnue, pourtant très efficace pour les copropriétés en zone dense. Alimentés par des énergies renouvelables et de récupération — géothermie, chaleur fatale industrielle, biomasse —, ils permettent de décarboner le chauffage collectif sans intervention sur chaque logement individuellement. La SNBC 3 prévoit de raccorder 5,8 millions de logements à ces réseaux d’ici 2035.
Par ailleurs, la stratégie intègre un volet sobriété souvent oublié : respecter une température de consigne à 19 °C en hiver et 26 °C en été, et éviter l’effet rebond après rénovation — ce phénomène où les occupants augmentent leur confort au lieu de réduire leur consommation.
Maîtriser la climatisation et les fluides frigorigènes
La climatisation est un angle mort de la transition énergétique. Plus les étés sont chauds, plus les besoins en refroidissement augmentent — et avec eux la consommation d’électricité. La SNBC 3 identifie ce risque clairement et prévoit de le maîtriser.
Deux leviers sont actionnés : contenir la hausse des consommations liées au froid, et décarboner les fluides frigorigènes utilisés dans les équipements. Ce second point s’appuie sur la réglementation européenne F-Gaz, qui restreint progressivement l’usage des hydrofluorocarbures (HFC) — des gaz dont le pouvoir de réchauffement est plusieurs milliers de fois supérieur à celui du CO₂.
Énergie : comment la SNBC 3 organise-t-elle la sortie des fossiles ?
Un secteur qui doit se décarboner à 96 % d’ici 2050
Le secteur de l’énergie — production électrique, transformation, raffinage — a émis 31 Mt CO₂e en 2024, soit 10 % des émissions françaises. La SNBC 3 lui impose une cure drastique : −69 % d’ici 2030, et −96 % d’ici 2050.
Quel est le levier le plus puissant ? La décarbonation de la production électrique, qui doit contribuer à elle seule à 10 Mt CO₂e de réduction. Viennent ensuite le raffinage (8 Mt) et la décarbonation de la chaleur pour les réseaux urbains (7 Mt). L’objectif global : retirer 39 Mt CO₂e entre 2023 et 2050.
Quelle est la feuille de route de sortie des énergies fossiles ?
La stratégie nationale bas-carbone trace un calendrier précis, énergie par énergie.

Derrière ce calendrier, un enjeu économique majeur. En 2024, la France a dépensé 57,8 milliards d’euros en facture énergétique — et la quasi-totalité de cette somme est partie à l’étranger pour payer des énergies fossiles importées. Électrifier et décarboner permettrait d’en économiser entre 22 et 39 milliards d’ici 2030.
Autrement dit, la transition bas-carbone n’est pas seulement une contrainte climatique : c’est aussi un levier de souveraineté économique. Et ne rien faire coûterait bien plus cher : l’inaction climatique pourrait amputer le PIB français de 8,5 points d’ici 2050.
Quels sont les objectifs pour la production d’électricité décarbonée ?
Atteindre 585 TWh de production décarbonée dès 2030
Pour décarboner les usages, encore faut-il produire suffisamment d’électricité propre. La SNBC 3 fixe un cap : 585 TWh de production électrique décarbonée en 2030, répartis par filière selon la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).
À horizon 2050, le mix devra être décarboné à 100 %, avec environ 800 TWh produits. Cette électricité sera indispensable pour alimenter la montée en puissance des véhicules électriques, des pompes à chaleur et des procédés industriels en cours d’électrification.
Développer l’hydrogène décarboné
Certains secteurs ne peuvent pas être électrifiés directement : la sidérurgie, la chimie lourde, le transport maritime. Pour eux, l’hydrogène vert est la solution. La SNBC 3 prévoit d’installer jusqu’à 4,5 GW d’électrolyseurs en 2030, puis 8 GW en 2035 — des équipements qui produisent de l’hydrogène à partir d’électricité décarbonée. Un pari industriel majeur, inscrit dans la Stratégie nationale de l’hydrogène décarboné.
Développer les bio-énergies et le captage carbone
Les bio-énergies jouent un rôle complémentaire. La SNBC 3 vise environ 105 TWh de biométhane issus de la méthanisation d’ici 2030, plus une dizaine de TWh provenant de nouvelles filières de gaz bas-carbone. Les biocarburants, eux, restent indispensables pour l’aviation et le transport lourd — deux secteurs impossibles à électrifier à court terme.
Enfin, pour les émissions qui ne peuvent pas être évitées, la stratégie mise sur le captage de CO₂. L’objectif est d’installer entre 8,5 et 16 Mt CO₂e de capacités de captage, en priorité d’origine biogénique (environ 80 %). C’est le dernier filet de sécurité pour atteindre la neutralité carbone en 2050.

Quels bénéfices concrets pour les ménages et l’immobilier ?
La décarbonation des bâtiments et de l’énergie n’est pas qu’une affaire climatique. Elle produit des effets très concrets sur le quotidien des occupants.
La facture. Une meilleure isolation et un système de chauffage performant réduisent durablement les dépenses énergétiques. Les économies d’énergie générées allègent les charges et réduisent l’empreinte carbone de chaque foyer. Selon la SNBC 3, cet écart par rapport au scénario sans action s’accentuera sur le long terme.
Le confort et la santé. Un logement bien isolé est plus agréable en hiver comme en été. Il protège ses occupants des vagues de chaleur et prévient la précarité énergétique — un risque qui touche encore plusieurs millions de ménages français.
La souveraineté. Sortir des fossiles importés, c’est aussi se protéger des hausses de prix sur les marchés internationaux des hydrocarbures.

