−74 % en un an. C’est le recul des dossiers MaPrimeRénov’ par geste en Île-de-France au 1er trimestre 2026. Un chiffre qui résume à lui seul l’état de la rénovation énergétique du parc privé francilien. La DRIHL et la DRIEAT, qui publient chaque trimestre les chiffres du bâtiment francilien, dressent un bilan sévère : les rénovations d’ampleur reculent de 64 %, MaPrimeAdapt’ ne touche que 278 logements dans toute la région. Les aides s’effondrent pendant que les ambitions gouvernementales restent affichées. Pourtant, tout n’est pas noir : la construction neuve repart à la hausse et l’éco-PTZ rebondit. Ce que ces chiffres révèlent, c’est une politique de rénovation à deux vitesses — et une urgence à ne pas ignorer.
Sommaire :
- Pourquoi les dossiers MaPrimeRénov’ s’effondrent-ils en Île-de-France ?
- MaPrimeAdapt’ et MaPrimeLogementDécent : des volumes encore marginaux
- L’éco-PTZ résiste : quel signal pour la rénovation du parc privé ?
- La construction neuve résiste-t-elle à la crise du logement francilien ?
- Quelle est la situation énergétique du parc résidentiel francilien ?
À retenir — Chiffres du bâtiment francilien T1 2026
- MaPrimeRénov’ par geste s’effondre de 74 % en un an en Île-de-France, avec seulement 2 355 dossiers engagés.
- Les rénovations d’ampleur reculent de 64 % sur un an, avec 3 113 logements subventionnés au T1 2026.
- L’éco-PTZ rebondit de 15 % au T4 2025 par rapport au trimestre précédent, avec 2 066 dossiers en Île-de-France.
- La construction neuve résiste avec 70 217 logements autorisés en cumul annuel, en hausse de 11 % sur un an.
- La consommation énergétique résidentielle a baissé de 31 % depuis 2005 en Île-de-France, atteignant 62 972 GWh en 2023.

Pourquoi les dossiers MaPrimeRénov’ s’effondrent-ils en Île-de-France ?
Une chute brutale des gestes de rénovation
Le chiffre est brutal : seulement 2 355 dossiers MaPrimeRénov’ par geste ont été engagés en Île-de-France au 1er trimestre 2026. C’est 74 % de moins qu’au même trimestre l’année précédente, et 17 % de moins que le trimestre précédent. Aucun type de travaux de rénovation n’est épargné. Isolation thermique, ventilation, audit énergétique, pompe à chaleur, chauffe-eau : toutes les catégories d’actes sont en recul. Cette aide à la rénovation, pourtant l’une des plus accessibles du dispositif public, semble avoir perdu de son attrait.
La répartition par département est elle aussi révélatrice. La Seine-et-Marne (77) arrive en tête avec 591 dossiers. Les Hauts-de-Seine (92) en comptent 388, le Val-d’Oise (95) en totalise 439. À l’opposé, Paris (75) n’enregistre que 27 dossiers. L’explication est structurelle : la capitale concentre un parc dense de copropriétés, où les gestes de rénovation individuels sont plus complexes à mettre en œuvre. Ce ne sont pas les mêmes propriétaires, ni les mêmes logements.

Des rénovations d’ampleur également en recul
Le constat est identique du côté des rénovations d’ampleur. Ce dispositif regroupe trois publics : les propriétaires occupants engagés dans un parcours accompagné, les propriétaires bailleurs et les copropriétés.
Or, seuls 3 113 logements ont été subventionnés au 1er trimestre 2026 — soit 64 % de moins qu’un an plus tôt et 43 % de moins qu’au trimestre précédent. Le Val-de-Marne (94) et la Seine-Saint-Denis (93) concentrent l’essentiel des dossiers copropriétés, deux départements où le bâti collectif est particulièrement dense.
Ce recul pose un problème politique majeur. Le gouvernement avait misé sur ces rénovations globales pour sortir les passoires thermiques — logements affichant une étiquette énergétique F ou G au DPE — du parc francilien. Le parcours accompagné devait précisément monter en puissance et prendre le relais des gestes isolés, en conduisant les logements vers un niveau de performance proche du BBC rénovation (bâtiment basse consommation) grâce à des travaux d’amélioration substantiels. Ce n’est pas ce qui se passe. Non seulement il ne compense pas la chute des gestes individuels, mais il recule lui aussi.
Au total, le volume de réhabilitations subventionnées dans le parc privé francilien atteint un niveau historiquement bas. Les objectifs de performance énergétique fixés à l’horizon 2030 s’éloignent.
MaPrimeAdapt’ et MaPrimeLogementDécent : des volumes encore marginaux
L’adaptation des logements peine à décoller
MaPrimeAdapt’ finance l’adaptation des logements au vieillissement et au handicap : installation de barres d’appui, douche à l’italienne, monte-escalier, rampes d’accès. En Île-de-France, seulement 278 logements ont bénéficié de cette aide au 1er trimestre 2026. La Seine-Saint-Denis (93) totalise 57 dossiers, le Val-d’Oise (95) en compte 46, Paris (75) seulement 29.
Ces chiffres sont très faibles. L’Île-de-France compte plusieurs millions de ménages, dont une part croissante de seniors. Le vieillissement de la population est pourtant un défi structurel bien identifié. Le dispositif existe, mais il ne parvient pas à atteindre les ménages concernés à grande échelle. Un problème de notoriété ? De complexité des démarches ? Les données disponibles ne permettent pas de trancher.
La lutte contre le logement indigne : une légère hausse sur un an
La situation n’est pas plus brillante du côté de la lutte contre l’habitat indigne. MaPrimeLogementDécent n’a couvert que 21 logements au 1er trimestre 2026 en Île-de-France. C’est 31 % de plus qu’au T1 2025 — mais 74 % de moins que le trimestre précédent. Les oscillations sont fortes, les volumes minuscules.
Il faut préciser ce que ce dispositif couvre réellement. MaPrimeLogementDécent est une aide incitative destinée aux propriétaires qui souhaitent rénover des logements dégradés — qu’il s’agisse d’un bien individuel ou d’une copropriété dégradée. Elle ne représente qu’une partie des outils disponibles contre l’habitat indigne : les procédures d’insalubrité et de mise en sécurité, pilotées par les préfectures, s’y ajoutent. Autrement dit, ces 21 logements sous-estiment l’effort public total. Ils signalent toutefois que le recours volontaire des propriétaires à ce dispositif reste extrêmement limité.
L’éco-PTZ résiste : quel signal pour la rénovation du parc privé ?
Un rebond notable au 4e trimestre 2025
Dans un tableau globalement sombre, l’éco-prêt à taux zéro (éco-PTZ) fait figure d’exception. Au 4e trimestre 2025, 2 066 dossiers ont été enregistrés en Île-de-France, soit une hausse de 15 % par rapport au trimestre précédent. À l’échelle nationale, ce sont 33 900 dossiers émis sur la même période (source : SGFGAS, publication du 31 mars 2026).
Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? L’éco-PTZ est un prêt bancaire à taux zéro, accessible sans condition de ressources. Il permet de financer des travaux de rénovation énergétique sans payer d’intérêts, en complément ou à la place des aides directes comme MaPrimeRénov’. Pour les ménages qui assument eux-mêmes la maîtrise d’ouvrage de leurs travaux, c’est souvent le levier le plus souple. Son rebond suggère que certains propriétaires, découragés par la complexité des aides publiques, se tournent vers le financement bancaire pour alléger leur facture énergétique sur le long terme. C’est un signal positif — mais à relativiser. Les volumes restent modestes, et un prêt n’est pas une subvention : il suppose une capacité de remboursement que tous les ménages n’ont pas.
La construction neuve résiste-t-elle à la crise du logement francilien ?
70 217 logements autorisés en cumul annuel
Côté construction neuve, le tableau est plus encourageant. En Île-de-France, 70 217 logements ont été autorisés en cumul sur douze mois au 31 mars 2026 — soit 11 % de plus qu’un an plus tôt. En France entière, la progression atteint 14 %, avec 396 374 logements autorisés (source : Catalogue Dido, publication du 04 mars 2026).
La répartition par département reflète les réalités foncières de la région. La Seine-Saint-Denis (93) arrive en tête avec 16 367 logements neufs autorisés, suivie des Hauts-de-Seine (92) avec 12 456 unités. À l’opposé, Paris (75) ne compte que 1 456 logements — un volume dix fois inférieur. La raison est simple : la capitale manque de foncier disponible. Les opérations immobilières de grande envergure se déplacent donc vers la grande couronne et les départements de proche banlieue, où le foncier reste accessible.

Les logements commencés progressent également
Les logements commencés progressent eux aussi : +25 % sur un an en Île-de-France. C’est une bonne nouvelle. Il faut toutefois garder le sens des proportions. Entre 2016 et 2019, la région dépassait régulièrement les 80 000 logements autorisés en cumul annuel. Le niveau actuel reste très en deçà de ces sommets. La reprise est réelle, mais elle reste fragile et part d’un plancher historiquement bas.
Quelle est la situation énergétique du parc résidentiel francilien ?
Une consommation résidentielle en recul de 31 % depuis 2005
Le bilan énergétique résidentiel constitue l’un des rares motifs de satisfaction à long terme. En 2023, la consommation finale d’énergie du secteur résidentiel en Île-de-France s’établit à 62 972 GWh. C’est 31 % de moins qu’en 2005 — une tendance mesurée par Airparif dans le cadre du ROSE (Registre d’Observation du Secteur de l’Énergie en Île-de-France), corrigée des variations climatiques pour refléter une année type.
Ce recul sur vingt ans est le fruit de plusieurs dynamiques combinées : rénovation thermique progressive du bâti existant, gains d’efficacité énergétique des équipements de chauffage, renouvellement partiel du parc vers des bâtiments mieux isolés. Les investissements passés dans l’amélioration énergétique des logements ont donc porté leurs fruits — et ce résultat plaide pour ne pas relâcher l’effort aujourd’hui.
Le tertiaire, en revanche, consomme davantage
Le secteur tertiaire suit une trajectoire inverse. Sa consommation atteint 56 817 GWh en 2023, en hausse de 2 % par rapport à 2005 (source : modélisation Airparif pour le ROSE). Bureaux, commerces, entrepôts logistiques, data centers : la demande énergétique de ces bâtiments augmente, portée notamment par la climatisation et les usages numériques.
Les deux secteurs divergent donc nettement. Le résidentiel recule de 31 % pendant que le tertiaire progresse de 2 %. Cela ne remet pas en cause les efforts accomplis sur le logement privé — mais cela rappelle que la transition énergétique du bâti francilien ne peut pas reposer sur un seul secteur.

