Aller au contenu

Energie

​Médiateur de l’énergie : baisse des litiges, nouveaux risques

​Médiateur de l’énergie : baisse des litiges, nouveaux risques

Moins de litiges, mais des conflits plus complexes. Le rapport annuel 2025 du médiateur de l’énergie, publié le 2 juin 2026, enregistre une baisse de 10 % des saisines — 10 475 demandes reçues — après les années de crise 2022-2023. Une accalmie fragile : les litiges liés au photovoltaïque doublent, ceux du GPL bondissent de 77 %, et PRIMAGAZ comme JPME écopent d’un deuxième carton rouge consécutif. Pendant ce temps, 1,2 million de ménages font face à des impayés d’énergie. Le médiateur de l’énergie tire la sonnette d’alarme et réclame des réformes législatives.


Sommaire :


À retenir — Rapport 2025 du médiateur de l’énergie

  • Le médiateur de l’énergie enregistre 10 475 saisines en 2025, soit 10 % de moins qu’en 2024.
  • Les dossiers sont traités en 86 jours en moyenne, sous le seuil réglementaire de 90 jours.
  • PRIMAGAZ et JPME reçoivent chacun un carton rouge pour la deuxième année consécutive.
  • Les litiges photovoltaïques doublent et les saisines GPL bondissent de 77 %.
  • 1,2 million de ménages font face à des impayés d’énergie malgré la baisse des prix.

Rapport 2025 du médiateur de l'énergie

Le médiateur de l’énergie enregistre-t-il vraiment une amélioration en 2025 ?

Des délais réduits et 10,5 millions d’euros remboursés aux consommateurs

En 2025, le médiateur de l’énergie a reçu 28 076 litiges au total, dont 10 475 saisines formelles. C’est 10 % de moins qu’en 2024. Parmi ces saisines, 6 545 ont été déclarées recevables, c’est-à-dire examinées sur le fond.

Cette tendance à la baisse s’explique par deux raisons principales. D’abord, la crise des prix de l’énergie liée à la guerre en Ukraine s’éloigne : les tensions sur les factures diminuent. Ensuite, les compteurs communicants Linky et Gazpar se généralisent. Résultat : les factures sont plus fiables et les erreurs de consommation moins fréquentes.

Sur le plan opérationnel, les résultats sont encourageants. Le délai moyen de traitement tombe à 86 jours en 2025, contre 131 jours en 2024. C’est la première fois depuis 2020 que ce délai repasse sous le seuil réglementaire de 90 jours. Par ailleurs, 6 812 recommandations ont été émises. Elles ont permis aux consommateurs de récupérer plus de 10,5 millions d’euros de dédommagements. Le taux de suivi des recommandations atteint 93 % et 82 % des consommateurs se déclarent satisfaits.

Le médiateur de l'énergie enregistre-t-il vraiment une amélioration en 2025 ?

Des litiges moins nombreux mais plus complexes

Pourtant, ces bons chiffres cachent une réalité plus inquiétante. Les litiges sont de plus en plus techniques et difficiles à résoudre. Le taux d’accords amiables recule : 49 % en 2025, contre 58 % en 2024. En clair, moins de dossiers se règlent à l’amiable. Dans le même temps, les saisines liées au réseau de distribution d’électricité augmentent de 21 %, celles du photovoltaïque doublent, et les litiges GPL bondissent de 77 %. La nature des conflits change, et ils deviennent plus complexes à arbitrer.

Quels fournisseurs concentrent le plus de litiges en 2025 ?

Pour la deuxième année consécutive, le médiateur de l’énergie décerne deux cartons rouges : l’un à PRIMAGAZ, l’autre à JPME. Ce mécanisme de signalement public vise à alerter les consommateurs et à pousser les opérateurs défaillants à se corriger. En 2025, aucun des deux n’a redressé la barre.

​PRIMAGAZ : deux ans de dysfonctionnements en cascade

Tout commence à l’automne 2023, quand PRIMAGAZ change de système informatique. La migration tourne au désastre : les factures ne partent plus, les prélèvements se bloquent, le service client devient injoignable. Les réclamations s’accumulent sans réponse.

En 2025, les conséquences s’aggravent. PRIMAGAZ enregistre 638 saisines, dont près de 500 déclarées recevables — soit une hausse de 85 % par rapport à 2024. Les consommateurs reçoivent désormais des factures de rattrapage sur plusieurs mois, parfois plusieurs années, souvent incompréhensibles. Pour les ménages modestes, ces montants sont impossibles à régler d’un coup. Face à cette situation, le médiateur de l’énergie a écrit personnellement au Président de PRIMAGAZ pour exiger un plan d’actions.

« Il est anormal que des litiges souvent simples, dont le fournisseur est exclusivement à l’origine et qui sont désormais bien connus, ne puissent être réglés sans passer par la médiation. » Bernard Doroszczuk, médiateur national de l’énergie.

JPME : non-paiement systématique et autorisation retirée

Le cas JPME est encore plus grave. Cette société rachète l’électricité produite par les panneaux solaires des particuliers. Or, elle ne les paie pas. Les saisines doublent en un an : 621 en 2025. En juillet 2025, le médiateur saisit le procureur de la République de Montpellier, estimant que certains agissements de JPME pourraient être qualifiés de délictueux. La sanction tombe en janvier 2026 : le ministère de l’Économie retire à JPME son autorisation d’achat pour revente d’électricité. Une première en France.

ENEDIS sous surveillance accrue

ENEDIS, le gestionnaire du réseau de distribution d’électricité, n’échappe pas non plus aux critiques. Ses saisines progressent de 17 % en 2025. Les griefs sont récurrents : délais de raccordement trop longs, devis opaques, réparations provisoires qui durent des années. Ainsi, dans certaines copropriétés, un câble posé en urgence après un incident réseau en 2022 court encore le long des façades en 2025, faute d’intervention définitive d’ENEDIS. Début 2026, un plan d’actions conjoint a été convenu entre le médiateur et la direction d’ENEDIS.

​Tableau comparatif — Principaux opérateurs sous surveillance du médiateur de l’énergie 2025

​Tableau comparatif — Principaux opérateurs sous surveillance du médiateur de l'énergie 2025

Le photovoltaïque et le GPL sont-ils des secteurs à risque pour les consommateurs ?

L’autoconsommation photovoltaïque : un marché en pleine expansion, mal encadré

Installer des panneaux solaires sur son toit et revendre l’électricité non consommée : ce modèle séduit de plus en plus de Français. Selon ENEDIS, plus d’un million de foyers sont désormais équipés. Pourtant, ce marché en essor génère des litiges en forte hausse. Les saisines liées au photovoltaïque ont été multipliées par six entre 2022 et 2025, pour atteindre 598 dossiers recevables. En cause, en grande partie, la société JPME, qui concentre 80 % de ces litiges à elle seule.

Le problème de fond est un manque d’encadrement. Les acheteurs non obligés — ceux qui rachètent l’électricité sans y être contraints par la loi — opèrent sans contrôle suffisant.

Dès lors, le médiateur de l’énergie formule trois propositions :

  • enregistrer ces acteurs auprès d’une autorité compétente,
  • vérifier leurs capacités financières,
  • prévoir un acheteur de secours si l’un d’eux disparaît du marché.

Il recommande aussi d’uniformiser les offres d’achat pour permettre aux producteurs de les comparer facilement.

Le GPL : des consommateurs moins protégés que les autres

Environ 600 000 foyers français se chauffent au gaz de pétrole liquéfié (GPL), principalement en milieu rural, dans les 27 000 communes non raccordées au gaz naturel. Ces consommateurs sont doublement vulnérables : ils n’ont pas le choix de leur énergie, et ils bénéficient de bien moins de protections que les abonnés au gaz naturel ou à l’électricité.

Concrètement, les coupures de GPL en hiver sont autorisées — ce qui est interdit pour l’électricité et le gaz naturel en vertu de la trêve hivernale (article L. 115-3 du code de l’action sociale et des familles). Aucune règle n’oblige non plus les fournisseurs à relever le compteur une fois par an ni à limiter les rattrapages de facturation à 14 mois, comme le prévoit l’article L. 224-11 du code de la consommation pour le gaz naturel. En conséquence, certains consommateurs reçoivent des factures de rattrapage portant sur plusieurs années de consommation.

Les saisines GPL ont bondi de 77 % en 2025, représentant désormais 8 % de l’ensemble des médiations. Pour y remédier, le médiateur préconise notamment d’étendre la trêve hivernale aux abonnés GPL équipés d’un compteur, de plafonner les frais de résiliation anticipée sur le modèle de l’article L. 332-2 du code de l’énergie, et de porter à six mois le délai de résiliation sans frais en cas de modification contractuelle.

Quelle est la situation de la précarité énergétique en France en 2025 ?

Des ménages fragilisés malgré la baisse des prix

La baisse des prix de l’énergie en 2025 n’a pas suffi à soulager les ménages les plus fragiles. Les chiffres sont éloquents : 36 % des foyers déclarent avoir du mal à payer leurs factures d’énergie, contre 28 % en 2024. Plus d’un million de ménages ont fait l’objet d’une intervention pour impayés. En outre, 35 % des Français disent avoir eu froid dans leur logement pendant l’hiver 2024-2025. Au total, 85 % des foyers estiment que l’énergie pèse encore trop lourd dans leur budget.

Quelle est la situation de la précarité énergétique en France en 2025 ?

Face à cette réalité, le médiateur de l’énergie renouvelle deux demandes. D’abord, interdire les coupures d’électricité pour impayés — l’électricité est un bien de première nécessité. Ensuite, réautomatiser entièrement l’attribution du chèque énergie dès 2027.

En 2025, seuls 3,8 millions de chèques ont été envoyés automatiquement, contre 5,6 millions en 2024. La raison : depuis la suppression de la taxe d’habitation, le nouveau système d’identification des bénéficiaires par croisement de fichiers fiscaux fonctionne mal. Les ménages qui n’ont pas reçu leur chèque doivent en faire la demande eux-mêmes — une démarche que beaucoup ignorent ou ne parviennent pas à accomplir.

Répartition des saisines recevables par type de litige (2025)

Vers un renforcement législatif de la protection des consommateurs

Le contexte géopolitique ravive les inquiétudes. Depuis fin février 2026, la guerre en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz font peser une nouvelle menace sur les prix des énergies fossiles importées. Parallèlement, la fin de l’ARENH — l’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique, supprimé au 1er janvier 2026 — expose davantage les fournisseurs aux fluctuations du marché. En clair, les conditions sont réunies pour une nouvelle flambée des prix.

« Le médiateur national de l’énergie continuera d’exercer avec vigilance ses missions d’information, de médiation et d’alerte. » Bernard Doroszczuk, médiateur national de l’énergie.

Pour anticiper ces risques, le médiateur de l’énergie appelle à tirer les leçons de la crise de 2022-2023. Plusieurs de ses propositions ont d’ores et déjà été reprises dans le projet de loi DDADUE, adopté par le Sénat le 18 février 2026 et en cours d’examen à l’Assemblée nationale. Ce texte prévoit notamment de mieux informer les consommateurs lors de la souscription d’un contrat d’énergie, de réviser l’échéancier de paiement quand les prix évoluent, et d’encadrer les frais de résiliation anticipée pour les petits professionnels.

Néanmoins, le médiateur s’oppose à une disposition du même texte qui étendrait ces frais de résiliation aux particuliers ayant souscrit une offre d’électricité pour véhicule électrique. Il y voit un frein à la concurrence et un obstacle à l’électrification des usages — deux objectifs pourtant prioritaires dans la politique énergétique française.

Isabelle DAHAN

Isabelle DAHAN

Rédactrice en chef de Monimmeuble.com. Isabelle DAHAN est consultante dans les domaines de l'Internet et du Marketing immobilier depuis 10 ans. Elle est membre de l’AJIBAT www.ajibat.com, l’association des journalistes de l'habitat et de la ville. Elle a créé le site www.monimmeuble.com en avril 2000.

Laisser un commentaire