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Travaux

​Crise du bâtiment : la CAPEB sonne l’alarme après 13 trimestres de baisse

​Crise du bâtiment : la CAPEB sonne l’alarme après 13 trimestres de baisse

​Treize trimestres de baisse consécutive. Trente mille emplois détruits en deux ans. Des milliers d’entreprises en défaillance. La crise du bâtiment artisanal atteint une profondeur inédite, et la CAPEB — première organisation professionnelle du secteur avec 62 000 adhérents — publie sa note de conjoncture du bâtiment pour le deuxième trimestre 2026 en tirant la sonnette d’alarme. Jean-Christophe Repon, son président, est sans détour : « Ce tunnel de baisse d’activité n’a jamais été aussi long. » Dans la construction comme dans la rénovation, le constat est le même : les carnets de commandes se vident, les trésoreries s’asphyxient. La confédération appelle désormais à un véritable changement de cap et formule des demandes précises aux pouvoirs publics.


Sommaire :


À retenir — Crise du bâtiment : la CAPEB tire la sonnette d’alarme

  • L’artisanat du bâtiment enchaîne un 13e trimestre consécutif de baisse au deuxième trimestre 2026.
  • Près de 30 000 emplois salariés ont été détruits en deux ans, et plus de 40 000 sur trois ans.
  • Les défaillances d’entreprises atteignent 3 619 au deuxième trimestre 2026.
  • La CAPEB réclame un taux de TVA réduit à 5,5 % sur l’ensemble des travaux de rénovation.
  • En vue de 2027, la confédération lance une grande consultation pour porter la voix des 526 000 entreprises artisanales.

Quatre années de recul sans précédent : que disent les chiffres ?

Un 13e trimestre consécutif de baisse

La crise du bâtiment s’installe durablement. Au deuxième trimestre 2026, l’activité d’entretien-amélioration recule de 1,5 % sur un an — après -1 % au trimestre précédent. La tendance s’aggrave donc, alors que la CAPEB anticipait en début d’année une évolution comprise entre -0,5 % et +0,5 %. Les chiffres balaient ce scénario optimiste. Même le segment du neuf, pourtant en légère amélioration, reste en territoire négatif : -1,5 %, contre -2,5 % au trimestre précédent.

Au total, depuis 2023, le secteur artisanal du bâtiment traverse la période de contraction la plus longue jamais enregistrée. La conjoncture pèse sur l’ensemble des entreprises du BTP, mais ce sont les TPE artisanales qui encaissent le choc le plus brutalement : carnets de commandes insuffisants, marges comprimées, visibilité nulle. Quatre années de recul consécutif : du jamais vu dans l’histoire de la profession.

Des destructions d’emplois massives

La dégradation de l’activité frappe directement l’emploi. L’emploi salarié recule de 2,2 % sur un an, soit environ 12 000 postes détruits. Parallèlement, les effectifs d’apprentis diminuent de 12 000 supplémentaires. Au total : 30 000 emplois détruits en deux ans, et plus de 40 000 sur trois ans. Un plan social silencieux, à l’échelle nationale.

La situation financière n’est pas meilleure. La trésorerie des artisans reste sous pression extrême, et les défaillances d’entreprises artisanales atteignent 3 619 au deuxième trimestre 2026. Ce chiffre traduit la fragilité d’un tissu composé à 96 % de TPE — des structures de 1 à 10 salariés, sans filet de sécurité. Sans plan de relance ciblé, ce mouvement de défaillances risque de s’accélérer.

Crise économique, crise climatique : les artisans en première ligne

Des chantiers perturbés par les aléas climatiques

À la crise économique s’ajoutent désormais les effets directs du changement climatique. Inondations, canicules successives : ces aléas perturbent les chantiers, provoquent des reports et dégradent les conditions de travail. Paradoxalement, ils rendent la rénovation du parc immobilier encore plus urgente — en particulier l’adaptation des logements aux fortes chaleurs.

C’est là que la CAPEB dénonce un contresens majeur. La suppression des travaux d’isolation et de ventilation du parcours « par geste » de MaPrimeRénov’ va directement à rebours des besoins. La rénovation énergétique des logements — qu’il s’agisse d’améliorer la performance énergétique ou l’accessibilité des logements — doit pouvoir s’effectuer par étapes, selon les moyens de chaque ménage. Or le dispositif, au lieu de se simplifier, se complexifie et se referme.

Une crise qui touche aussi la santé des artisans

La crise du bâtiment n’est pas seulement économique et climatique. Elle est aussi humaine. Selon le 12e baromètre ARTIsanté 2025 de la CAPEB et de l’IRIS-ST, 54 % des chefs d’entreprise artisanale se déclarent assez ou très fatigués, et plus d’un sur deux se dit stressé. Derrière les statistiques se cachent des femmes et des hommes épuisés — qui continuent pourtant, chaque jour, de faire tourner l’économie des territoires.

Les artisans du bâtiment sont pourtant en première ligne de la rénovation énergétique. Ils rénovent, construisent, réparent, forment les jeunes et créent de l’emploi dans chaque territoire. Dès lors, les fragiliser par des dispositifs instables ou un cadre fiscal imprévisible revient à scier la branche sur laquelle repose la transition.

Quelles mesures la CAPEB réclame-t-elle pour sortir de l’impasse ?

Fiscalité, simplification et accès aux marchés

Après quatre années de crise du bâtiment, la CAPEB formule des demandes précises. Ainsi, elle réclame l’application du taux réduit de TVA rénovation à 5,5 % sur l’ensemble des travaux, et non plus seulement sur la rénovation énergétique lourde. Pourquoi ? Parce qu’élargir ce taux permettrait de soutenir la demande des ménages, de rendre accessibles des travaux de performance énergétique et d’accessibilité des logements aujourd’hui trop coûteux, et de redonner du volume aux artisans.

La deuxième demande porte sur la simplification administrative — « tant de fois promise », rappelle la CAPEB. La confédération soutient la facturation électronique, mais à une condition : que les plateformes agréées par l’État soient effectivement contrôlées, et que des sanctions soient prévues en cas d’abus. Un comité de suivi de la réforme devrait d’ailleurs être mis en place à sa demande.

Apprentissage, transmission et observatoire des prix

Au-delà de la fiscalité, l’avenir du secteur passe par l’apprentissage. La CAPEB demande le maintien intégral des financements dédiés à l’alternance dans le BTP : aujourd’hui, 59 200 jeunes en contrat d’apprentissage se forment dans le bâtiment. Les supprimer ou les réduire fragiliserait durablement le renouvellement du tissu artisanal. La confédération réclame également un meilleur accompagnement de la transmission des entreprises artisanales, trop souvent laissées sans repreneur.

Enfin, deux demandes transversales. D’abord, la création d’un observatoire responsable des prix des matériaux : la flambée des coûts a en effet constitué l’un des principaux facteurs aggravants de la crise du bâtiment ces dernières années, rendant les devis quasi impossibles à tenir. Ensuite, l’adoption d’une loi de finances stable et lisible, qui donne enfin aux entreprises la visibilité nécessaire pour investir, embaucher et former.

Mesures pour lutter contre la crise du bâtiment

En définitive, les aides à la rénovation restent le levier le plus puissant pour relancer l’activité du bâtiment artisanal. Leur stabilisation et leur simplification sont des préalables non négociables à toute reprise durable.

2027 en ligne de mire : les TPE du bâtiment veulent peser

Une grande consultation nationale lancée dès septembre 2026

La CAPEB ne se contente pas de dresser un bilan. Elle regarde déjà vers l’avant. En vue de l’élection présidentielle de 2027, la confédération lance dès septembre 2026 une grande consultation de ses 62 000 adhérents pour définir les priorités qu’elle entend défendre auprès des candidats et des forces politiques.

L’objectif est clair : replacer les 526 000 entreprises artisanales du bâtiment au cœur du débat national. Trop souvent absente des grandes concertations, la voix du terrain doit peser sur les choix qui détermineront l’avenir du logement, de l’emploi et de la cohésion des territoires.

Les artisans, acteurs incontournables de la transition

« La situation est grave, mais les solutions existent », déclare Jean-Christophe Repon. Les artisans sont déjà dans l’action. Ils construisent, rénovent, forment les jeunes, emploient localement. Autrement dit, ils incarnent cette économie de proximité que les territoires réclament pour faire face aux mutations climatiques et sociales. Ce qu’ils attendent, en revanche, ce ne sont pas des discours : ce sont des conditions stables pour agir.

L’enjeu de 2027 est donc simple pour la CAPEB : que les futurs responsables politiques « créent les conditions de leur développement et s’appuient pleinement sur leur capacité à répondre aux grands défis du pays » — logement, transition écologique, emploi, cohésion des territoires.

Conclusion

Treize trimestres de baisse, 40 000 emplois détruits, des milliers d’entreprises à bout de souffle : la crise du bâtiment artisanal est profonde. Néanmoins, les artisans restent mobilisés et prêts à jouer leur rôle dans la rénovation du parc immobilier et la transition énergétique. La balle est dans le camp des pouvoirs publics. TVA à 5,5 %, simplification administrative, stabilité réglementaire, soutien à l’apprentissage : les leviers existent. L’échéance de 2027 dira si la volonté politique, elle, est au rendez-vous.

Isabelle DAHAN

Isabelle DAHAN

Rédactrice en chef de Monimmeuble.com. Isabelle DAHAN est consultante dans les domaines de l'Internet et du Marketing immobilier depuis 10 ans. Elle est membre de l’AJIBAT www.ajibat.com, l’association des journalistes de l'habitat et de la ville. Elle a créé le site www.monimmeuble.com en avril 2000.

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