Près de 70 % des logements français pourraient éviter la climatisation systématique d’ici 2050. C’est le constat du collectif Nos Villes à 50°C, qui vient de dévoiler sa doctrine d’adaptation à la chaleur. Face à cette annonce, l’association Équilibre des Énergies défend une position inverse : assumer pleinement la climatisation des logements. Entre solutions passives et équipements performants, le débat sur la climatisation des logements s’intensifie à mesure que les canicules se multiplient. Les deux approches dessinent pourtant des pistes complémentaires pour rafraîchir durablement les bâtiments.
Sommaire :
- Climatisation des logements : pourquoi le débat s’intensifie-t-il ?
- Peut-on adapter les bâtiments sans généraliser la climatisation ?
- Faut-il au contraire assumer la climatisation des logements ?
- Quel cadre réglementaire pour la climatisation des logements ?
À retenir – Climatisation des logements et adaptation à la chaleur
- Le collectif Nos Villes à 50°C mise sur des solutions passives pour limiter la climatisation.
- Le CSTB estime que 70 % des situations resteront habitables sans climatisation systématique en 2050.
- Équilibre des Énergies défend la climatisation performante comme un outil sanitaire.
- Les pompes à chaleur air/air cumulent chauffage l’hiver et rafraîchissement l’été.
- Le cadre réglementaire actuel freine encore l’intégration des équipements de rafraîchissement.

Climatisation des logements : pourquoi le débat s’intensifie-t-il ?
Les vagues de chaleur frappent la France avec une intensité croissante. La climatisation des logements s’impose ainsi dans le débat public. Elle reste pourtant enfermée dans une opposition stérile entre partisans et opposants. D’un côté, des ménages achètent des climatiseurs mobiles dans l’urgence. De l’autre, des logements et équipements publics restent surchauffés faute de solution adaptée.
Deux prises de position récentes remettent ce sujet au premier plan. Le 2 juillet, le collectif Nos Villes à 50°C, cofondé par Seqens et CDC Habitat et coordonné par A4MT, présente une doctrine opérationnelle. Quelques jours plus tôt, le 25 juin, l’association Équilibre des Énergies publie une tribune signée par son président, Dominique Bussereau. Malgré des approches différentes, ces deux initiatives se rejoignent sur un constat : la climatisation des logements ne peut plus être ignorée dans les politiques d’adaptation au changement climatique.
Peut-on adapter les bâtiments sans généraliser la climatisation ?
Le collectif Nos Villes à 50°C a réuni pendant un an des bailleurs, des collectivités, des promoteurs, des chercheurs et des experts. Leur objectif est précis : identifier où la climatisation des logements peut être évitée, où elle devient nécessaire, et comment en limiter le recours. Un constat structure toute la doctrine. L’enjeu ne se limite pas à la chaleur ressentie dans la journée. Il porte surtout sur la capacité d’un bâtiment à se rafraîchir la nuit. Cette capacité détermine en effet la qualité du sommeil et la santé des occupants les plus fragiles.
Trois leviers passifs pour limiter le recours à la climatisation
Le collectif identifie trois priorités, qualifiées d’« actions systématiques » :
- se protéger du soleil grâce aux protections solaires extérieures et au traitement des derniers étages ;
- évacuer la chaleur accumulée grâce à la ventilation nocturne, aux îlots de fraîcheur et aux brasseurs d’air ;
- mieux anticiper les épisodes de chaleur avec des plans de gestion adaptés.
Ces leviers s’appuient sur des simulations menées par le CSTB à partir de la base de données nationale des bâtiments (bdnb.io). Elles couvrent différents types de bâtiments résidentiels et différents contextes climatiques du parc national métropolitain.
Quand la climatisation devient-elle nécessaire ?
Lorsque les solutions passives ne suffisent plus, la doctrine recommande un diagnostic rapide du bâtiment et des usages. Cette étape évite les décisions prises dans l’urgence. Elle permet aussi d’identifier les alternatives disponibles avant tout recours à un équipement actif. Dans cette logique, la climatisation des logements devient un outil sanitaire ciblé et encadré, jamais un réflexe automatique. Les appareils mobiles achetés à la hâte, souvent peu performants, ne constituent donc pas une réponse durable selon cette doctrine.
Faut-il au contraire assumer la climatisation des logements ?
Équilibre des Énergies porte un discours différent. Pour l’association, l’adaptation des bâtiments aux fortes chaleurs relève de la prévention des risques et de la santé publique. Ce n’est pas, selon elle, une simple question de confort d’été. Dominique Bussereau, ancien ministre et président d’Équilibre des Énergies, résume la position de l’association. Pour lui, la climatisation performante ne doit plus être considérée comme un luxe. Elle constitue au contraire un outil d’adaptation climatique, au même titre que l’isolation ou les protections solaires.
Le plan « endurance » du ministre du Logement
Équilibre des Énergies salue le plan « endurance ». Ce plan a été annoncé le 17 juin dernier par le ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun. L’association estime toutefois qu’il faut aller plus loin, en intégrant davantage le risque de fortes chaleurs dans la réglementation des logements neufs.
Les pompes à chaleur air/air, une solution deux-en-un
Les climatiseurs réversibles, c’est-à-dire les pompes à chaleur air/air, occupent une place centrale dans cette approche. Des relevés réalisés sur des dizaines de milliers d’équipements le confirment. En France, les PAC air/air sont utilisées en moyenne à 80 % pour le chauffage et à 20 % pour le refroidissement. Ces besoins de refroidissement interviennent précisément aux moments où la production solaire est la plus abondante. Ils contribuent ainsi à mieux valoriser une électricité décarbonée. Une PAC bien installée s’avère donc plus efficace qu’un appareil mobile acquis dans la précipitation.
Par ailleurs, au niveau collectif, les pompes à chaleur géothermiques et les réseaux de froid apportent également du confort thermique à l’ensemble des occupants d’un immeuble, selon Équilibre des Énergies.
Quel cadre réglementaire pour la climatisation des logements ?
La réglementation actuelle n’a pas anticipé l’intensité des vagues de chaleur récentes. Ce constat, partagé par les deux organisations, appelle une évolution du cadre applicable aux bâtiments neufs comme existants.
RE2020 et frein aux équipements actifs
La RE2020 a eu raison d’encourager les solutions passives de protection contre la chaleur. Elle a toutefois été conçue avant l’intensification récente des épisodes de chaleur extrême. Équilibre des Énergies demande donc de reconnaître pleinement le rôle des équipements de rafraîchissement performants dans l’adaptation climatique. L’association souhaite en particulier que leur intégration dans les projets neufs ne soit plus pénalisée.
Le règlement F-Gas, un obstacle européen
Équilibre des Énergies pointe également le règlement F-Gas, adopté par l’Union européenne en 2024. Ce texte limite strictement l’usage des fluides frigorigènes. Il fait peser, selon l’association, des contraintes excessives sur les pompes à chaleur air/air, pourtant présentées plus haut comme une solution clé. L’association demande donc à la Commission européenne de revoir ce règlement, afin de faciliter le développement de l’industrie nationale.

