Yves Scheidecker, président de l’A.S.I.B. – l’Association des Syndics d’Immeuble Bénévoles

Yves Scheidecker
Yves Scheidecker

Pouvez-vous nous présenter l’ASIB ?

Pouvez-vous nous présenter l’ASIB, quel est l’objet de cette association ?

 

L’ASIB est une association créée il y a vingt ans, qui s’occupe exclusivement des syndics bénévoles. Elle s’est fixée comme objectif de former les syndics bénévoles, qui bénéficient de stages mensuels effectués par un juriste spécialisé dans le droit de la copropriété.

L’association fonctionne encore sous le régime du bénévolat malgré des contraintes de plus en plus importantes dues aux nombreux textes qui modifient le droit de la copropriété avec les obligations qui en résultent. Mais on ne leur apprend pas seulement le droit mais aussi tout ce qui ressort de l’administratif, du comptable et du technique. Elle assure aussi la responsabilité des syndics bénévoles.

La situation est-elle différente dans la région Est ?

La situation est-elle différente dans la région Est ?

 

La région « Est » subit comme partout les conséquences d’une gestion parfois hasardeuse, mais les copropriétaires de cette région ont une conception plus poussée de la nécessité d’entretenir leur patrimoine et par voie de conséquence, notamment en Alsace, les copropriétés sont bien gérées. Je précise que nous avons aussi des adhérents d’autres régions. Malheureusement c’est un fait avéré que les copropriétaires ne s’impliquent toujours pas dans les problèmes de leur copropriété, ce qui, à terme, engendre des situations catastrophiques.

Une affaire de promoteur crapuleux en Alsace a fait du bruit récemment, avez-vous des informations à ce sujet ?

L’Alsace a vue, dans les années 80 la défaillance de deux grosses sociétés de promotion, – mais il y a eu d’autres moins spectaculaires – qui assuraient après livraison la gestion des immeubles. Résultat : toutes les provisions payées ont été englouties dans le dépôt de bilan et les copropriétaires ont du mettre une deuxième fois la main à la poche.. Une autre société, Brun Habitat, a commencé à faire parler d’elle pendant l’été 2008 quand les acquéreurs de constructions neuves se sont inquiétés des retards de livraison alors qu’ils avaient réglé les appels de fonds demandés. Or, les chantiers sur plusieurs sites étaient à l’abandon, mettant en grave difficulté financière les acquéreurs ainsi que les entreprises de construction. La société en cause a été mise en liquidation judiciaire tandis que son gérant, poursuivi pour abus de confiance, vient d’être écroué. Détail étonnant et indécent : il s’apprêtait à faire une compétition automobile au volant de sa Porche. La profession n’avait pas besoin de ce genre d’incident !

Quel est votre avis sur le projet de loi SALLES ?

Le projet de loi SALLES tendant à l’encadrement de l’exercice de la fonction de syndic par « des non-professionnels » a eu de nombreux retentissements, quel est votre avis ?

 

Le fond et la forme de cette proposition de loi est tout à fait scandaleux et a fait l’objet de notre part d’une très vive protestation auprès de son auteur et des députés et sénateurs. D’autres associations de copropriétaires ont également réagi avec vigueur.

 

Ce type d’initiative, qui met en cause l’intégrité et l’intelligence des copropriétaires, qu’ils soient d’ailleurs ou non syndics, ne fait que rendre plus délétère encore l’ambiance dans le secteur de la gestion immobilière, déjà bien mal en point. En tous cas, nos adhérents ont été informés et ont réagi directement auprès de leur député. Précisons les réponses de nos élus donnent l’impression qu’ils sont gênés par cette proposition de loi. Mais leur réponse est sans équivoque : ils partagent notre point de vue et nos commentaires. En tout état de cause, personne n’avait besoin de ce genre d’initiative !

Que conseillez-vous aux copropriétés qui souhaitent s’orienter vers une autogestion ?

Que conseillez-vous aux copropriétés qui souhaitent s’orienter vers une autogestion par l’élection d’un syndic bénévole ?

 

Nous disons aux candidats à la gestion d’un immeuble qu’il ne suffit pas d’avoir quelques notions de comptabilité ou de se renseigner sur internet pour faire un syndic efficace car bénévole ou pas, c’est un vrai métier qui nécessite un réel apprentissage pour acquérir la connaissance et la compétence, avoir une grande disponibilité, de l’implication et du relationnel.

 

C’est pourquoi nous déconseillons à certains de ces candidats syndics, qui n’ont aucune connaissance de la fonction, d’y renoncer provisoirement afin d’éviter ultérieurement quelques difficultés et de nous rejoindre pour apprendre. Nous leur conseillons aussi d’obtenir l’accord de leurs copropriétaires et surtout leur soutien, y compris dans les copropriétés importantes, pour ne pas se retrouver seuls lors de leur prise de fonction.

 

Malheureusement, on voit encore des copropriétés – c’est un exemple – ne pas vouloir prendre en charge le règlement de la faible prime garantissant la responsabilité civile de leur syndic bénévole, pour faire des économies !. Dans ce cas nous déconseillons d’accepter la charge. Mais plus que tout, que ceux qui veulent savoir « comment ça marche » nous contactent !

Pouvez-vous nous parler de la rencontre Franco-québécoise sur les métiers de l’immobilier ?

Votre association a participé à une rencontre Franco-québécoise sur les métiers de l’immobilier, pouvez-vous nous en parler ?

 

Je suis allé de nombreuses fois au Québec et ai constaté que la gestion d’un immeuble pouvait être faite par n’importe qui. Il n’y a pas de règles majeures en raison de la dispersion de l’habitat, plutôt individuel ou horizontal.

 

C’est pourquoi, en liaison avec Maître Yves Joli-Cœur, promoteur du Salon de l’Immobilier de Montréal, notre vice-président, Maître Michel Loeffert, a participé à une table ronde au cours de laquelle il a exposé le droit français de la gestion immobilière. En effet, l’expansion des grandes villes comme Montréal impose la construction de bâtiments en hauteur, qui doivent être gérés par de vrais professionnels.

 

C’est pourquoi une législation plus précise doit se mettre en place. J’en profite pour dire ici qu’il y a des places qui seront ouvertes à des expatriés dans ce domaine à condition qu’ils soient formés, compétents et travailleurs et ayant le souci du copropriétaire, ce qui n’est pas toujours le cas, loin s’en faut, dans notre pays.

 

Yves Scheidecker
ASIB

Maison des associations

1a, Place des Orphelins
67000 STRASBOURG

Tél. 06 08 32 97 57

E-MAIL : asib@free.fr