Pourquoi la sécurité à Paris doit devenir une priorité

Pourquoi la sécurité à Paris doit devenir une priorité
Gilles Ricour de Bourgies

Pourquoi la sécurité à Paris doit devenir une priorité

Au lendemain du sacre gâché du PSG au Trocadéro, on pourrait une fois de plus éluder le problème prétendre qu’il ne s’agit que de malencontreuses « bousculades », réduire le phénomène une poignée de hooligans, prétexter que le football est décidément sujet à toutes les dérives ou pire, condamner farouchement les actes commis au grand jour dans le coeur touristique de Paris tout en continuant comme si de rien n’était.

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Pourtant les faits sont là et laissent un goût franchement amer à tous ceux qui, comme les administrateurs de biens, oeuvrent au quotidien pour faire de la capitale un endroit paisible. Si Paris n’est pas la seule des grandes métropoles internationales confrontées au risque de l’insécurité et aux menaces terroristes, force est de constater que malgré une réorganisation profonde de la préfecture de police en 2009 qui a désormais autorité à Paris et en première couronne et la création par M. Valls de trois zones de sécurité prioritaires à Paris, cinq en Seine-Saint-Denis, une dans le Val-de-Marne et deux dans les Hauts-de-Seine, nous ne restons pas à l’abri des dérapages.

D’autres agglomérations ont décidé d’agir différemment. Dès 1982, les universitaires américains James Q. Wilson et Georges L. Kelling mettent à jour la doctrine de la « vitre brisée » : si la vitre d’un bâtiment est brisée et n’est pas remplacée rapidement, les autres vitres seront brisées à leur tour. Cette doctrine a inspiré à partir de 1994 le maire de New York, Rudolph Giuliani, puis plus tard le Royaume-Uni. Depuis le début de l’année 2012, la Metropolitan Police de Londres est désormais directement responsable devant le maire de la ville, lequel détermine les priorités locales de la police, en consultation avec le public.

En France cette approche a fait quelques émules. On se souvient par exemple de Lionel Jospin assurant ainsi : « tant qu’on admettra des excuses sociologiques et qu’on ne mettra pas en cause la responsabilité individuelle, on ne résoudra pas ces questions. » Mais les décisions peinent à suivre.

Pour garder une vision juste de la réalité de terrain, il faut en effet ne pas se laisser abuser par les discours « sociologiques » à la mode. Si le contexte social et notamment urbain à une influence évidente sur la probabilité du passage à l’acte criminel ou délinquant, seul le criminel ou le délinquant décide de celui-ci. Comme le souligne le criminologue Xavier Raufer, le voyou est le seul responsable de ses actes. C’est lui qu’une politique publique de sécurité doit cibler en premier lieu.

Nombreuses sont les raisons qui devraient inciter les responsables de tous bords à traiter à bras-le-corps la question de la sécurité. J’en vois au moins trois qui devraient convaincre les plus réticents. D’abord, rappelons en ces temps d’austérité que la sécurité a un coût qui s’avère bien plus important que celui engendré par la sécurité et la prévention. En 2010, l’institut pour la justice l’estimait à 115 milliards d’euros soit 5,6% du PIB. Ensuite la sécurité met en péril le lien social au coeur de la cité.

En menaçant notre capacité à bien vivre ensemble, elle affecte notre engagement citoyen. Elle agit en cela comme une des causes majeures du dysfonctionnement de notre démocratie. Enfin, l’insécurité compromet grandement l’attractivité d’un territoire international et pèse ainsi sur son développement futur. Il n’y a qu’à constater la réaction ahurie des Qatariens à ce qui finit par apparaître comme une spécificité française. L’impact négatif est évident pour l’image et la réputation de Paris, notamment pour son activité phare, le tourisme.

Mais la sécurité pénalise aussi nos entreprises qui n’ont pas besoin de cela en ce moment. Quels travailleurs étrangers a envie de venir s’installer dans une ville où les touristes se font agresser au vu de tous en plein centre ?

Dans une ville de dimension internationale comme l’agglomération parisienne qui attire chaque année des millions d’étrangers (touristes, travailleurs immigrés, étudiants, chercheurs, investisseurs, hommes d’affaires et leur famille), la gestion raisonnée des flux de personnes est aussi essentielle que la protection physique des lieux. Elle constitue un défi de taille dont on parle bien peu lorsque l’on évoque les nouvelles infrastructures inscrites au Grand Paris, préférant mettre en avant « des gares fonctionnelles et efficaces », des « gares centres de vie », là où les usagers, franciliens ou de passage, attendent avant tout des gares sûres.

S’il revient aux acteurs publics de prendre leurs responsabilités, il ne faut pas néanmoins négliger le rôle joué par les acteurs privés en s’inspirant de la coproduction de la sécurité. C’est la voie que nous avons choisi en tant que professionnels du logement, en signant une convention avec la préfecture de police en septembre 2010 et une autre avec les pompiers de Paris le mois dernier. Ne nous voilons pas la face, la sécurité est un vrai problème dans le Grand Paris et n’est pas sans conséquence sur le logement et la qualité de vie des citoyens.

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